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Xenophobia Escalates in the Republican Party

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Etats-Unis : escalade xénophobe chez les Républicains

Réfugiés syriens accusés d'être les chevaux de Troie du terrorisme et discours sur le "choc des civilisations"... Avant les attaques de Paris, Trump a fait sauter tous les tabous sur le sujet.

On ne leur fera pas le coup deux fois. Cet été, les candidats républicains s’étaient fait dépasser sur leur flanc droit par Donal Trump sur le dossier de l’immigration. Depuis les attaques de Paris, on assiste à une escalade vertigineuse de la rhétorique xénophobe ; elle s'est littéralement déchaînée depuis que Trump a fait sauter tous les tabous sur le sujet.

Le vocabulaire, d’abord. L’emploi constant des termes "islam" ou "musulman", qui prête à tous les amalgames, et le recours au discours de "choc des civilisations" emprunté à Samuel Huntington. Même chez les candidats soi-disant raisonnables : "Nous sommes en présence d’une 'guerre de civilisation'", lance Marco Rubio, tandis que Jeb Bush dénonce un effort visant à "détruire la civilisation occidentale" et que Ted Cruz évoque une "guerre sainte contre l’Occident".

Non aux réfugiés syriens

Les mesures, ensuite. Elles se résument à un mot d’ordre : "niet". Plus de réfugiés syriens aux Etats-Unis. C’est ce qu’ont annoncé les gouverneurs de 27 Etats, dont 26 républicains, qui n’ont pas d’autorité légale en la matière mais peuvent singulièrement compliquer la tâche des autorités fédérales. Et c’est le mot d’ordre de presque tous les candidats à la présidentielle.

Même pas les femmes et enfants ? Même pas les mômes orphelins !

" Dans la situation actuelle, je ne pense pas que les orphelins de moins de 5 ans devraient être admis aux Etats-Unis", ose Chris Christie.

Ted Cruz, de son côté, annonce qu’il introduira au Sénat une proposition de loi barrant l’accueil aux Etats-Unis de tout Syrien musulman, explosant au passage un autre tabou, celui de la non-prise en compte de la religion des réfugiés. Comme le rappelle Hillary Clinton, "l’idée que nous renvoyions des réfugiés à cause de leur religion constitue un nouveau point bas", mais cela n’émeut pas Cruz plus que cela. Il suggère de faire le tri entre Syriens musulmans et chrétiens, ces derniers "ne posant pas de risque".

Jeb Bush lui a emboîté le pas dans un premier temps, confiant à CNN que "nous devrions faire porter nos efforts, en ce qui concerne les réfugiés, sur les chrétiens qui sont massacrés", avant de corriger le tir, conscient que tout cela commençait à faire too much :

"Je ne crois pas qu’il faille éliminer notre soutien aux réfugiés", même s’ils sont musulmans, a-t-il finalement lâché.

0,05% du total des réfugiés syriens

En un mot, les rivaux de Trump ont placé la barre très haut ! Mais c’était compter sans les talents olympiques de sauteur à la perche du Donald, qui a trouvé le moyen en quelques heures d’accuser l’administration Obama de dispatcher les réfugiés syriens dans les Etats conservateurs du pays ("Ils les envoient aux Républicains, pas aux Démocrates"), affirmer que les Etats-Unis devraient "sérieusement envisager de fermer les mosquées" et suggérer, en bon bétonneur, "de construire une grande et belle zone de sécurité" en Syrie pour y mettre les réfugiés.

Lesquels réfugiés syriens – personne ne le rappelle – sont très peu nombreux à avoir été accueillis aux Etats-Unis : environ 2.000 depuis 2011, soit 0,05% (ou si l’on préfère, 1 sur 2000) du total des Syriens réfugiés à l’étranger. Sur ces 2.000, la moitié sont des enfants, un quart des adultes de plus de 60 ans. Les hommes en âge de porter des armes, non attachés à des familles, représentent 2% du total, soit… une quarantaine d’individus qui, comme tous les Syriens admis aux Etats-Unis, ont dû patienter au moins 18 mois et souvent plus de deux ans pour que leur dossier soit épluché dans ses moindres recoins.

Un argument hypocrite qui revient souvent est le même que celui ressassé à propos de l’immigration en général : on aimerait bien les accueillir, mais dans les circonstances actuelles ce n’est hélas pas possible. "Notre nation a toujours été accueillante, mais nous ne pouvons pas laisser des terroristes prendre avantage de notre compassion", tweete Paul Ryan, le Speaker de la Chambre des Représentants. Si les réfugiés venaient de Suisse, ça irait, mais allez vérifier le dossier d’un demandeur d’asile syrien ! "Vous ne pouvez pas prendre votre téléphone et appeler la Syrie" pour vérifier les déclarations d’un demandeur, lâche Marco Rubio.

La vérité est plus simple : il s’agit d’une primaire républicaine, et 7 électeurs républicains sur 10 se déclarent "très préoccupés" par la montée de l’extrémisme islamiste. C’est à eux que tous les candidats servent cette soupe peu ragoûtante.

Philippe Boulet-Gercourt, correspondant aux Etats-Unis







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