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From Russia with Love

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Il y a une semaine, Sergueï Skripal, ancien agent double russe exilé au Royaume-Uni, s’effondrait sur un banc de la petite ville de Salisbury. Ce mystérieux empoisonnement par agent innervant a fait planer sur Londres le spectre d’Alexandre Litvinenko, assassiné au polonium en plein coeur de Londres il y a de cela 12 ans, mais aussi d’une nouvelle guerre froide. Un conflit rampant, où le rapport de force paraît déséquilibré.

Cette guerre qui n’en est pas une, parce qu’elle n’a ni la finalité de la victoire ni la létalité d’une guerre classique, est ce qu’on appelle une infoguerre. Essentiellement virtuelle, elle vise à flouter la ligne entre réalité et fiction, afin non pas de convaincre, mais de générer de l’anxiété, de la peur, et de priver les populations de leur capacité de résistance.

Désormais, expliquait début 2017 Christopher Chivvis de la Rand Corporation, devant la Commission sénatoriale des services armés, la Russie mobilise dans cette perspective quatre paliers d’action : 1) des intermédiaires, comme des groupes sympathisants, antieuropéens ou ultranationalistes ; 2) son influence économique et politique ; 3) des opérations clandestines (comme le complot visant à démettre le gouvernement pro-OTAN au Monténégro en 2016) ; 4) la déstabilisation politique.

Cette manière de procéder n’est pas l’apanage de la seule Russie, loin s’en faut, il suffit de regarder dans l’histoire des États-Unis pour se le rappeler. Mais la Russie a exprimé dès 1993 sa crainte viscérale des interférences possibles dans sa propre politique intérieure. La révolution des Roses en Géorgie (2003), la révolution Orange en Ukraine (2004) et la révolution des Tulipes au Kirghizstan (2005) ont renforcé cette conscience d’une vulnérabilité de ses frontières et de l’omniprésence occidentale dans son étranger proche.

Le chef d’état-major des armées russes Gerasimov affirme que les règles d’engagement ont substantiellement évolué, selon la chercheuse Deborah Yarsike Ball, étant donné que, face au Printemps arabe porté par les réseaux sociaux, la clé de la victoire est désormais la commande de l’information. C’est la raison pour laquelle la Russie s’est assurée du contrôle des grands médias et a investi dans de véritables guerriers de l’information. Botnets, augmentation des budgets visant à influencer les gouvernements étrangers à compter de 2005 et soutien à la mise sur pied de RT (Russia Today), ou encore de Sputnik News, comme compétiteur de CNN ou de BBC World.

Identifiée par l’acte d’accusation du procureur Mueller, l’Internet Research Company, proche du Kremlin, a mobilisé jusqu’à 400 trolls 24 heures sur 24 et dépensé des milliers de dollars en publicité sur les réseaux sociaux. Elle a analysé les statistiques des groupes, leur contenu et leur degré d’engagement comme le ferait n’importe quelle firme de marketing. Le procédé visait à créer une « intensité politique en soutenant des groupes radicaux et des insatisfaits de la situation politico-économique ainsi que les groupes d’opposition ». Il ne s’agit pas tant, expliquait Peter Pomrantsev dès 2014 dans The Atlantic, de produire un récit alternatif que de simplement invalider le récit dominant.

À la lecture de l’acte d’accusation de Mueller, on est donc bien loin d’un James Bond et des gadgets de Q. Les moyens sont basiques, ils instrumentalisent des outils de marketing existants et publics et ne font qu’exploiter un contexte éminemment partisan.

Mais la Maison-Blanche n’a pas donné de directives pour contrer ces attaques à la source, a expliqué fin février devant une commission sénatoriale l’amiral Mike Rogers, directeur de la National Security Agency. Cette abstention de la Maison-Blanche est éminemment dommageable. Et à plusieurs titres.

D’abord, les sanctions adoptées par le Congrès l’été dernier ont tardé à être promulguées par le président et ne paraissent pas dissuasives : par son inertie, le Bureau ovale envoie le signal à la Russie que l’opération parfois un peu approximative en 2014 peut passer au niveau supérieur, car les conséquences seront moindres.

Ensuite, le département d’État n’a rien dépensé des 120 millions dont il a été doté pour lutter contre ces interférences. Aucun des analystes du Global Engagement Center qui auraient vocation à travailler sur le dossier ne parle russe (la similitude avec le 11-Septembre est ici parlante). À la Maison-Blanche, aucune réunion de haut niveau (comme au Conseil de sécurité nationale) n’a été tenue sur cet enjeu. Au mieux, les discussions qui se sont tenues sont informelles.

Dans les États fédérés, la crainte est grande de l’interférence de la Russie. Pas en 2020. Pas en novembre, mais bel et bien dans le cycle de primaires qui a commencé le mois passé. Or il n’y a aucun doute, affirment les trois responsables du renseignement (Mike Pompeo, CIA, Dan Coats, Renseignement national, et Mike Rogers, NSA), que les Russes entendent avoir un impact sur la prochaine élection aux États-Unis. Cette infoguerre ne peut être gagnée qu’en résorbant les lignes de faille du pays. Et ce n’est pas à grands coups de tweets présidentiels que cela va changer.







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