Obama and Putin: Two Worlds with Nothing in Common

<--

Obama et Poutine, deux mondes que tout oppose

A la tribune des Nations unies, les deux chefs d’Etat ont montré l’ampleur de leurs divergences sur le Moyen Orient.

Le sort des nouvelles violences dans lesquelles s’enfonce la Syrie a été partiellement théâtralisé lors de l’ouverture de la dernière Assemblée générale des Nations unies à New York. Les prestations de Messieurs Obama et Poutine du haut de cette prestigieuse tribune ont souligné à l’envi la profonde divergence de vision du monde qui sépare les deux présidents. Fidèle au credo du rêve américain, Barack Obama continue à croire que «ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le reste du monde». Dans sa vision, les révolutions arabes ont certes été mal accompagnées et ont ouvert la porte du pouvoir par des élections libres avant tout aux partis islamistes. Mais l’aspiration des peuples à prendre en main leur destin et à établir des Etats démocratiques reste d’une légitimité absolue pour le président américain. Les souffrances et la situation chaotique du monde arabe actuel n’entament en rien cette légitimité. Mais celle-ci passe bien évidemment au second plan, loin derrière la priorité que s’est fixée l’administration Obama dans la région: ne plus engager les Etats-Unis dans de nouveaux conflits armés.

Au Caire en 2009, Obama avait proposé une vision grandiose pour la démocratisation du monde en général et des pays arabes en particulier. Les révolutions arabes allaient suivre et, une fois n’est pas coutume, les Etats-Unis et leurs alliés européens ne soutinrent pas les tyrans contre les peuples, mais les peuples contre leurs tyrans. De Paris à Londres ou Washington personne ne se faisait d’illusion sur la difficulté de la transition démocratique dans le monde arabe. Ne fallut-il point aux Français plusieurs révolutions sanglantes, deux empires, deux restaurations et une monarchie de Juillet avant d’établir une république viable? Mais aucune des chancelleries occidentales n’avait prévu que la suite serait à ce point catastrophique. A l’exception notoire de la Tunisie, en effet, les révolutions arabes ont débouché sur le chaos libyen, la tragédie syrienne ou l’élection des Frères musulmans sanctionnée par un coup d’état militaire en Egypte. Vrai! Mais la légitimité de la demande démocratique reste intacte, non seulement pour Barack Obama, mais pour la majorité des gouvernements européens.

Vladimir Poutine questionne profondément cette légitimité. La constance de sa politique étrangère, rappelée sur un ton à la fois amer et goguenard à la tribune des Nations Unies, consiste à ne reconnaître que la légitimité des gouvernements en place. Bombarder sa propre population aux armes chimiques, torturer à grande échelle pour étouffer toute velléité de changement ne questionne en rien, dans la pensée de M. Poutine, la légitimité d’un gouvernement. De Kiev à Damas en passant par Tripoli, Vladimir Poutine ne voit dans les peuples soulevés que de pauvres masses populaires manipulées, à contenir à tout prix, quel que soit le coût du sang. Sa question lancée de la tribune des Nations Unies aux responsables de ces révolutions: «Se rendent-ils compte de ce qu’ils ont fait?», s’adressait aux Américains et non aux peuples qui s’étaient soulevés. Un homme de l’ancien KGB soviétique, formé à la préparation de coups de force communistes dans ce qu’on appelait à l’époque le tiers monde peut-il partager une autre vision des choses? Au début des années 2000, un ancien ministre des Affaires étrangères russe faisait cette réponse étonnante au responsable d’une grande boîte de pensée occidentale qui s’étonnait de ses difficultés à recruter de bons analystes politiques russes: «Chez nous les études politiques telles qu’elles existent à Sciences Po sont encore peu développées. L’Union soviétique formait des «techniciens politiques» et non des analystes politiques». Des techniciens politiques formés pour agir, pour manipuler les mouvements sociaux et les drainer vers un soulèvement communiste. Non pour analyser de manière la plus impartiale possible un contexte donné…

Entre la vision du monde de l’ancien élève de l’école du KGB et celle de l’ancien travailleur social à Chicago, le gouffre paraît immense. Mais paradoxalement leurs pratiques convergent en Syrie: laisser faire en soutenant le régime quelles qu’en soient les conséquences pour le Russe; laisser faire en soutenant mollement les milices anti-Assad pour l’Américain. L’engagement russe change la donne mais ne rebat en rien profondément les cartes, contrairement aux analyses que l’on peut trouver sous les plumes effarouchées de journalistes néo-conservateurs américains. Poutine attaque pour prouver qu’il existe et ramener la Russie au Proche-Orient. Obama peut s’en offusquer tout en évitant d’engager les Etats-Unis au-delà de frappes peu coûteuses et peu efficaces contre l’Etat islamique. Le statu quo entre les grandes puissances tiendra. Moscou s’est exposé dans son aventure militaire en Syrie et n’y provoquera pas un affrontement avec les Etats-Unis qui pourrait révéler sa vulnérabilité. Et les Américains ne sont pas mécontents de voir les Russes s’embourber dans ce guêpier. Les seuls à ne pas y trouver leur compte sont, une fois de plus, les Syriens dont le martyre semble sans fin. Pour la Syrie, les frappes russes ne contribueront pas plus que les bombardements américains à ramener la paix. Elles semblent au contraire approfondir son agonie.

About this publication