The American Election is Still in Play

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L’élection américaine n’est pas encore jouée

À trois semaines du scrutin, Obama tient toujours la corde, mais il reste tributaire d’une crise de politique étrangère qui avantagerait McCain, selon les deux analystes américains que nous avons interrogés.

John McCain n’a pas fait trébucher Barack Obama dans le dernier débat présidentiel mercredi soir. Mais le candidat démocrate reste à la merci d’un événement hors de son contrôle. Carroll Doherty, directeur associé du Pew Research Center à Washington, et John Zogby, président fondateur de l’organisme de sondage Zogby International, répondent aux questions du Figaro.

LE FIGARO. – Qu’est-ce qui peut, à ce stade, changer le cours d’une campagne qui demeure favorable à Barack Obama ?

Carroll DOHERTY. – Il reste encore deux semaines et les jeux ne sont pas faits. Pour l’instant, l’environnement politique est certes très favorable à Obama car la campagne se fait sur ses thèmes, qui sont l’économie et plus spécifiquement la crise fi­nancière. Mais les choses peuvent changer, à commencer par un éventuel transfert des préoccupations sur les qualifications et l’expérience d’Obama, un do­maine où il est encore devancé par McCain. Même s’il est clair que son image de leader est sortie renforcée des débats, les doutes sont toujours là. Or une crise internationale ou de politique étrangère pourrait réorienter l’attention du public sur un terrain plus favorable à McCain. La crise géorgienne a eu un effet positif sur sa cote, qui est retombée depuis que la crise financière occupe le devant de la scène.

Il faudrait désormais un événement qui soit plus direc­tement relié à la sécurité des États-Unis. Pas nécessairement une attaque terroriste, mais une crise étrangère qui affecte de manière directe les intérêts américains, un événement grave en Irak ou au Proche-Orient par exemple.

John ZOGBY. – La crise géorgienne avait effectivement fait passer McCain en tête dans nos sondages. Quant à la peur d’un acte terroriste, on se souviendra que la vidéo de Ben Laden, le vendredi précédant le mardi de l’élection 2004, avait été préjudiciable à John Kerry. D’une façon générale, un événement provoquant une crise internationale profite au parti sortant et en l’occurrence, ce serait celui de McCain.

Les prestations d’Obama dans les débats n’ont-elles pas tempéré les doutes sur sa compétence ?

Carroll DOHERTY. – Obama a nettement amélioré l’image que les gens avaient de son jugement. Sur cet aspect, McCain avait quinze points d’avance dans une étude que nous avons faite l’été dernier et où la question portait sur l’aptitude des deux candidats à gérer une crise internationale, sans la spécifier. Dans le sondage suivant à la fin septembre, Obama l’avait rattrapé. Mais sur la question des qualifications personnelles, le rapport était toujours favorable à McCain : 49 %-35 %. Depuis, il y a eu les débats télévisés et il est possible que le public soit plus rassuré sur la compétence d’Obama, comme tend à le montrer le récent sondage du New York Times et de CBS. Mais je continue à penser que McCain garde un léger avantage sur ce point. Ce qui compte, c’est ce qui peut intervenir sur la scène mondiale entre maintenant et le jour de l’élection. La possibilité d’un nouveau rebondissement existe dans une campagne qui a fait mentir bien des prévisions. Mais si son sort ne dépend que de lui, McCain se devait de mettre à profit le dernier débat, la plus large audience offerte, pour changer le cours des choses. Il semblerait, à première vue, qu’il n’y soit pas parvenu.

John ZOGBY. – Dans le dernier débat, il n’y a pas eu de KO ni de tournant. McCain a fait une meilleure prestation que dans les deux premiers ; d’un côté, il a mis Obama sur la défensive et de l’autre, il a mis en lumière les différences entre les deux candidats sur un certain nombre de questions. Mais la dynamique n’a pas changé. Au mieux, la course reste ouverte.

J’ai toujours pensé qu’elle le serait. McCain visait particulièrement les électeurs centristes ou indécis, dont on ne sait d’ailleurs pas dans quelle proportion ils ont suivi le débat. Cela me rappelle le scénario de 1980 où Ronald Reagan a largement battu Jimmy Carter parce que les 6 ou 7 % d’indécis se sont massivement reportés sur son nom au dernier moment. On peut avoir le même cas de figure ou un scrutin serré.

6-7 %, ce serait la marge des sondés qui n’osent peut-être pas dire que la « race » d’Obama les gêne.

John ZOGBY. – Je ne crois pas du tout au facteur Bradley (Tom Bradley, le maire noir de Los Angeles dont tous les sondages faisaient le prochain gouverneur de la Californie en 1982, à tort : NDLR). Nous n’avons relevé aucune différence notable entre nos prévisions et les résultats de quasiment toutes les primaires démocrates.

On a dit que la victoire surprise de Hillary Clinton dans le New Hampshire était la preuve que certains sondés avaient masqué leurs sentiments racistes. Mais le score d’Obama, 36,4 %, était conforme à la marge d’erreur : nos sondages lui avaient seulement donné 38,3 %.

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