Obama and Europe

<--

L’éditorial de Pierre Rousselin du 20 janvier.

Jamais l’arrivée d’un nouveau président à la Maison-Blanche n’avait suscité autant d’espoirs en Europe, dans l’opinion publique comme chez les dirigeants. La personnalité de Barack Obama, le symbole qu’il incarne d’un dépassement des clivages raciaux et la promesse de changement y sont évidemment pour beaucoup.

Mais il y a aussi deux raisons de fond.

Avec George W. Bush, les Européens ont souvent eu, pendant les huit dernières années, le sentiment de subir les embardées d’une Amérique dont la puissance n’était plus une garantie de stabilité. Ils ont hâte de se retrouver en confiance.

Et puis, le monde est devenu si incertain que l’on ne peut trop se féliciter du retour au pragmatisme et au réalisme, promis par la nouvelle équipe à Washington.

Les espoirs sont tels, nous dit-on, qu’ils seront forcément déçus. Peut-être. Barack Obama hérite d’une très grave crise économique, qui va longtemps mobiliser l’essentiel de son énergie. Dans le monde, les conflits se sont empilés pour constituer un écheveau inextricable. Aucun président des États-Unis, aussi brillant soit-il, ne peut détenir la solution miracle à tant de problèmes simultanés.

C’est un fait que Barack Obama ne connaît pas bien l’Europe. Il est aussi vrai qu’il a d’autres priorités : l’Iran, l’Afghanistan, le Proche-Orient… Mais pourra-t-il négliger les relations transatlantiques ?

La leçon des huit dernières années laisse penser qu’il ne le fera pas. L’Amérique ne peut plus prétendre agir seule. Et si la diplomatie est de retour à Washington, c’est précisément pour renforcer les relations entre alliés et au-delà. À plusieurs, un effet de levier peut permettre de résoudre des crises jusqu’ici insolubles. En matière de lutte contre le réchauffement climatique, quelle formidable force d’entraînement représenterait une convergence entre l’Europe et les États-Unis d’Obama !

Tout dépendra de ce que l’Europe aura à offrir. Elle sera sollicitée davantage et devra répondre aux attentes d’un nouveau président porté par sa popularité.

En Afghanistan, par exemple, les Européens se sont longtemps retranchés derrière les critiques, très justes, faites à la manière dont la guerre était conduite par Washington. Quelles excuses iront chercher nos partenaires les plus réticents si Obama définit une nouvelle stratégie plus convaincante ?

Avec Barack Obama et Hillary Clinton, entourés d’une équipe d’experts de très haute volée, il faut s’attendre à un sacré coup d’accélérateur.

S’ils veulent rester dans le coup, les Européens devront être réactifs, surmonter leur penchant à la désunion et éviter que les pays les plus timorés ne freinent leur capacité d’action.

Il ne s’agit pas d’être toujours d’accord avec ce que Barack Obama aura à proposer, mais de s’imposer d’emblée en interlocuteur.

Sur le nucléaire iranien, au Proche-Orient, en matière de régulation financière, pour être pris au sérieux à la Maison-Blanche, les Européens devront « faire leurs devoirs ». Ils n’ont plus l’excuse facile que leur offrait l’Administration de George W. Bush et le rejet qu’elle suscitait dans l’opinion.

About this publication