From Obama to Darwin

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La semaine dernière, le monde a célébré le bicentaire de la naissance du naturaliste anglais Charles Robert Darwin. L’origine des espèces, son oeuvre majeure publiée en 1859, a révolutionné la biologie en proposant une explication des grands mécanismes qui président à l’évolution de toutes les espèces.

Darwin a attendu plus de 20 ans avant de publier son célèbre manuscrit, sachant qu’il provoquerait une réaction hostile de l’Église d’Angleterre puisqu’il remettait en question la création du monde en sept jours, tel que décrite dans la bible, et, par extension, le fait que l’homo sapiens est une autre forme animale qui a évolué dans le temps. Sa théorie, à la fois si simple et si complexe, suscite pourtant de furieux débats depuis des décennies, débats qui mettent en opposition formelle le rôle et la coexistence de la science et de la foi dans notre société. En septembre dernier, l’église anglicane s’excusait de son «zèle anti-évolutionniste».

Reportons-nous au 21 janvier 2009, devant le Capitole américain. «Nous allons remettre la science à sa juste place.» Ce n’est pas citation de Darwin, mais plutôt quelques mots du discours inaugural de Barack Obama faisant écho à plusieurs controverses qui ont cours aux États-Unis et qui, par la force des choses, se répercutent au Canada. En ces quelques mots, le nouveau président des États-Unis a jeté une douche froide sur ceux qui, au nom d’une pseudo démarche scientifique teintée d’un fort relent politico-religieux, veulent mettre sur le même pied la démarche scientifique et celle de la foi.

Tout au long de la campagne présidentielle, Barack Obama a voulu se distancer de l’approche de son prédécesseur George W. Bush sur plusieurs questions à caractère scientifique comme, par exemple, les recherches sur les cellules souches, le clonage ou le réchauffement climatique.

Or, en célébrant Darwin, on ne peut passer sous silence que des débats acrimonieux font rage aux États-Unis avec pour trame la théorie de l’évolution. Et quand Obama dit vouloir «remettre la science à sa juste place», il va sans dire que sa promesse a l’effet d’une douche froide chez ceux qui, sans relâche, par des moyens détournés et contre l’avis de la Cour suprême, mènent une lutte politique pour introduire dans les cours de science le créationnisme ou le design intelligent comme alternative à la théorie de Darwin.

Le débat est virulent et politique dans les états de la Louisiane, du Texas, de l’Iowa et du Nouveau-Mexique où de nouvelles lois, comme le Science Education Act de la Louisiane, adopté en juin 2008, ouvrent toutes grandes les portes de l’enseignement «comparé» de la théorie de l’évolution et du créationnisme, comme si les deux faisaient partie d’un même cours de science. Le but des créationnistes est de mener le combat sur le front politique et de maquiller leur approche par toutes sortes de moyens détournés comme de définir le Science Education Act comme un Teach more Darwin Act par une forme d’obscurantisme sophistiqué visant à redéfinir la science pour permettre des explications surnaturelles difficilement vérifiables par une démarche scientifique.

C’est pour contrer cette approche pseudo-scientifique qu’intervient la déclaration de Barack Obama et qu’elle est lourde de conséquences pour son administration.

Le mois prochain, des scientifiques et des théologiens vont discuter de l’héritage de Charles Darwin lors d’un colloque organisé par le Vatican où il ne sera pas question de créationnisme. Il est évident que l’Église catholique ne peut ignorer cet anniversaire et qu’elle doit entretenir un sain dialogue entre la science et la foi, tout en évitant la confusion entre les deux plans. Le défi de l’Église est d’affirmer la théorie de l’évolution sans remettre en question la foi en Dieu. Le danger est de les mélanger, de les confondre. «Aucun des mécanismes de l’évolution ne s’oppose à ce que Dieu ait voulu et créé l’homme», affirme l’archevêque Gianfranco Ravasi, «ministre de la Culture» au Vatican. Et quand Barack Obama veut remettre la science à sa juste place, n’affirme-t-il pas qu’il faut également remettre la religion à sa juste place ? Mais pas à la même place.

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