Beef and Roquefort Make Peace

Edited by Robin Silberman


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Les Etats-Unis et l’Europe ont signé mercredi un accord qui devrait mettre fin à leur conflit alimentaire. Washington a en effet renoncé à taxer à 300% les importations de roquefort sur son sol. En échange, l’Europe ne permet toujours pas l’arrivée du boeuf aux hormones américain dans ses assiettes. Mais autorise les Etats-Unis à lui exporter des milliers de tonnes de viande supplémentaires.

Le bras de fer agro-commercial qui oppose les Etats-Unis à l’Europe depuis près de trente ans serait-il terminé? C’est en tous cas ce que laisse supposer l’accord signé par les deux parties, mercredi. En dépit des menaces qu’il proférait depuis janvier, le gouvernement américain s’est finalement engagé à ne pas surtaxer les importations de produits européens, ainsi qu’il avait prévu de le faire à partir de cette semaine. En échange, il n’est toujours pas question d’autoriser l’importation en Europe de boeufs américains dopés aux hormones de croissance, mais les Etats-Unis bénéficieront d’un accès privilégié au marché européen, leur permettant d’écouler 20 000 tonnes de viande supplémentaires dans un premier temps et jusqu’à 45 000 tonnes par an, d’ici trois ans.

Le document signé mercredi n’est qu’un accord préliminaire, mais il devrait mettre fin au bras de fer qui oppose Washington et Bruxelles. Enfin, qui oppose surtout Washington et Paris… Car sur la liste des produits européens menacés de surtaxes douanières, figuraient en bonne place le roquefort, la moutarde (de Dijon et autres), le foie gras, etc.

Marché de dupes?

Conçues comme autant de punitions, les surtaxes douanières des Etats-Unis avaient pour objectif affiché de faire chuter les importations européennes. Quel meilleur moyen en effet de dissuader les consommateurs américains, que d’imposer un prix quasi inabordable aux produits européens. Ainsi le roquefort, déjà taxé à 100% depuis 1998, était-il menacé de voir ses droits de douane bondir à 300% dès samedi. La trêve conclue entre Washington et Bruxelles est donc intervenue in extremis.

A l’annonce de la signature de cet accord, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, n’a pourtant pas sauté de joie. Interdire le boeuf aux hormones, c’est appliquer le principe de précaution. Hors de question de “payer de concessions économiques” la sécurité alimentaire des Européens, insiste-t-il. D’autant que ces “concessions” sont loin d’être insignifiantes. Certes les Etats-Unis se sont engagés à ne pas mettre en oeuvre de nouvelles représailles douanières. Mais celles qui sont déjà en vigueur, les 79 millions de dollars annuels de surtaxe, ne vont pas disparaître -en tous cas pas tout de suite. Si l’on résume, la seule garantie obtenue pour le moment par l’Union, c’est donc de ne pas écoper de sanctions supplémentaires… En échange de quoi, les Etats-Unis, eux, ont obtenu le quadruplement de leurs quotas d’importations de viande, ainsi que l’abandon provisoire des poursuites judiciaires engagées contre eux par l’Europe, devant l’OMC… Autant dire que le boeuf se taille la part du lion dans cet accord de paix.

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