Barack Obama’s “Yes We Can” Resonates in Africa

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ANALYSE – L’appel du président de Etats-Unis aux Africains à se prendre en main suscite l’enthousiasme. Mais aussi des réserves.

Le discours de Barack Obama, dimanche dernier à Accra, au Ghana, continue à provoquer beaucoup d’enthousiasme et certaines critiques. Retournant son slogan de campagne en «Yes you can!», le président des Etats-Unis appelle les Africains à «prendre la responsabilité de leur futur». Une déclaration commentée de façon positive par une grande partie de la presse du continent. Cet appel à un développement rendu possible grâce à la «bonne gouvernance» laisse toutefois perplexes plusieurs observateurs de l’Afrique. Parmi ceux-ci, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM). Il rappelle que la domination de l’Afrique ne s’est pas achevée avec le départ des administrations coloniales: «Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) ont remplacé des formes violentes et directes de domination par un mode plus subtil», juge Eric Toussaint, président du CADTM. «Aujourd’hui, les grandes décisions qui touchent le continent se font au siège de ces institutions, suivant le consensus de Washington.»

Immense popularité

Autre aspect clé du discours de Barack Obama, ce dernier juge qu’il «est facile d’attribuer les problèmes aux autres», en référence à la considération du colonialisme comme cause du sous-développement en Afrique: «L’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne de la dernière décennie, ni des guerres dans lesquelles des enfants ont servi de combattants.»

Des propos qui font écho à ceux de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar, qui avaient provoqué la polémique en 2007. Cette fois, la popularité de Barack Obama est sans doute déterminante à faire accepter ce discours. «En Europe comme dans l’Afrique subsaharienne, on est toujours dans la vague de l’Obamania. Et beaucoup de gens ont encore de la peine à retrouver leur esprit critique vis-à-vis de lui», juge Eric Toussaint. Quant à l’écrivain Venance Konan, il juge les propos de Barack Obama et Nicolas Sarkozy «à peu près» équivalents. Il ajoute dans le magazine ivoirien L’Inter: «Lui, il était Blanc, Français de surcroît. Ça ne pouvait pas passer.»

Interventionnisme persistant

Nuance toutefois, car Barack Obama a condamné le colonialisme sans équivoque. Ajoutant une dimension personnelle à son discours, Barack Obama a évoqué l’histoire de son grand-père kenyan, cuisinier pour une famille de colons britanniques: «un aîné respecté dans son village que ses employeurs appelaient pourtant ‘boy’».

Mais le discours du président élude un point important: les interventions occidentales n’ont pas cessé depuis les indépendances africaines. «Je suis d’accord – et je ne suis pas le seul – que l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains», estime Roger Buangi Puati, pasteur congolais à Lausanne. Mais ce dernier espère surtout que Barack Obama appliquera son discours dans les actes. «Comme lui, je souhaite que le continent se prenne en main. Je ne crois pas que l’on doive indéfiniment blâmer le passé colonial. Mais les Etats-Unis – son propre pays – interviennent dans beaucoup de pays en les déstabilisant. Une longue liste d’Africains ont voulu que cela change. Mais beaucoup d’entre eux ont été assassinés, à l’exemple de Patrice Lumumba. Des décennies avant Obama, il voulait faire profiter aux Congolais des richesses de leur pays. Et ‘montrer au monde ce que l’Homme noir peut faire quand il travaille dans la liberté’.» I

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