Obama, the End of the Beginning

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Obama, la fin du début

Par Christophe Barbier, publié le 19/08/2009 11:57 – mis à jour le 19/08/2009 13:00

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Commenter (4) Tel s’en frotte les mains, qui aime plus que tout qu’on brûle aujourd’hui les idoles adorées hier. Tel s’en inquiète avec sincérité, qui voit s’étioler l’espérance d’un monde plus juste. Après deux cents jours de pouvoir, Barack Obama connaît le premier trou d’air de son mandat : trop loin de son élection pour y trouver encore quelque élan, trop loin des premiers résultats de sa politique pour se flatter d’un bilan, il traverse le no man’s land de la politique. Les peuples sont obligés d’attendre, les dirigeants de persévérer ; ceux-là se demandent s’ils ne se trompent pas, ceux-ci s’ils ne se sont pas trompés.

Cette fin d’état de grâce a des vertus. Aux Etats-Unis comme en France, elle met un terme au simple pouvoir du verbe, à la phase tribunitienne et télévisée d’un mandat ; elle appelle l’action et s’impatiente de ses effets concrets. Par son vent d’amertume, corrosif, elle distingue aussi les vrais courageux des simples flamboyants, les hommes d’Etat des hommes d’estrade. N’en déplaise aux Cassandre, Barack Obama est de la trempe des endurants et son succès déjà bien engagé. La passe actuelle n’est pas, pour lui, le début de la fin, mais la fin du début.

Si le plan de relance américain bute, comme les efforts européens, sur la cupidité ontologique des établissements financiers, si le lobby des assureurs tente d’ensabler la réforme de la santé et si des « kafkaïsmes » juridiques compliquent la fermeture de Guantanamo, l’essentiel est à l’oeuvre : une ère nouvelle, un cap inédit, les premières syllabes du xxie siècle, tel que les hommes le définiront pour l’Histoire.

Ainsi, chapitre crucial pour les autres démocraties, l’ordre mondial qu’a esquissé Barack Obama ne peut que réjouir les humanistes. Son discours du Caire à l’intention du monde musulman, sa fermeté éclairée à l’égard d’Israël, sa générosité sans béatitude envers l’Afrique, véritable pacte post-compassionnel : les pistes sont ouvertes vers la modernité ; que l’humanité s’y engage ! L’Amérique, avec ce président, n’est pas seulement redevenue sympathique, elle est à nouveau dans le juste. Cela différencie Obama de Bush et de ses illuminations martiales ; cela le distingue aussi de Kennedy, à la géopolitique contrastée. Certes, la realpolitik baigne le dialogue avec la Chine ou le face-à-face avec la Russie, mais c’est parce que le président américain incarne les Etats-Unis qu’il nous faut dans le monde tel qu’il est.

Il y a en France un courant antiaméricain profond, au souhait pérenne de « fin de l’empire » : il oublie, ou ne sait que trop, que c’est la barbarie, non les Lumières, qui suivrait une telle chute. Et puis il y a une tendance, plus récente, qui se délecte des soupirs du « nous nous sommes tant aimés », qui aime être déçue par les Etats-Unis pour s’adonner au nihilisme nostalgique des désespérés contemporains. Ces Français-là voudraient qu’Obama échouât, pour glisser entre deux sanglots qu’ils l’avaient bien dit. C’est ce choeur de pleureuses qui mugit dans la torpeur d’août. L’époque mérite des sirènes plus gracieuses.

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