Terrorism

Edited by Stefanie Carignan

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A-t-on trop vite enterré Al-Qaida ? Eliminée du territoire de l'”ennemi proche” – le royaume saoudien et ses sanctuaires de l’islam -, en perte de vitesse en Irak, en dépit des attentats sanglants de l’automne, la nébuleuse terroriste était cantonnée ces derniers mois aux zones tribales pakistanaises et aux confins de l’Algérie, du Niger et du Mali, où évolue sa filiale, Al-Qaida pour le Maghreb islamique.

Voici pourtant qu’elle se signale à nouveau sur le sol de l'”ennemi lointain”, les Etats-Unis, par le biais d’un attentat, certes manqué, qui prouve à la fois une volonté et une capacité. Cette tentative perpétrée par un jeune Nigérian dans un avion à destination de Detroit met en évidence une autre “filiale”, Al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA). Cette nouvelle branche a été forgée au début de l’année. Elle réunit les djihadistes yéménites et des combattants saoudiens impitoyablement pourchassés de l’autre côté de la frontière, mais qui trouvent refuge dans les zones tribales échappant au contrôle des autorités yéménites.

On ne peut que le constater : tous les éléments sont réunis aujourd’hui pour faire de l'”Arabie heureuse” un territoire de prédilection de la nébuleuse terroriste. Le Yémen se trouve en effet sur un arc inquiétant d’instabilité qui va de l’Afrique à l’Asie, de la Somalie au Pakistan. On y retrouve des composantes du chaos somalien et de la complexité pakistanaise : radicalisme religieux, Etat en quasi-faillite, puissantes forces tribales centripètes. S’ajoutent à cela des maux spécifiquement yéménites : grande pauvreté, croissance démographique échevelée, rébellion armée dans le Nord et mouvement sécessioniste dans le Sud.

Les Etats-Unis ne découvrent pas aujourd’hui la menace potentielle que représente Al-Qaida au Yémen. Ils ont été frappés sur place, dès 2000 et encore en 2008, dans des attentats contre l’un de leurs bâtiments de guerre, le Cole, puis contre leur ambassade. Ils ont d’ailleurs commencé en 2009 à apporter une aide militaire à un régime qui, par le passé, a parfois été accusé de manipuler à son profit l’islamisme radical dans un calcul à courte vue. Washington aurait enfin suivi de près, voire assisté l’armée yéménite dans des raids conduits en décembre contre des camps présumés de l’AQPA. On peut comprendre la détermination américaine. Mais elle n’est pas sans dangers : un engagement trop massif dans un théâtre d’opérations aussi instable et complexe que le Yémen pourrait bien créer un nouveau bourbier. Ce que recherche précisément Al-Qaida.

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