In Washington

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Il n’y a pas que la neige qui paralyse Washington ces jours-ci. C’est le système de gouvernement américain qui est grippé. On n’a pas de leçons à donner, bien entendu : la France pratique un présidentialisme d’un autre âge, de type quasi monarchique. Mais les mécanismes prévus par les Pères fondateurs de la République américaine – cet ajustement de pouvoirs et contre-pouvoirs, justement destiné à éviter toute dérive monarchique – fonctionnent de plus en plus mal.

Ce qui est en question ici, c’est le binôme Congrès – Maison Blanche, le législatif et la tête de l’exécutif. On n’est pas à Paris : sur les bords du Potomac, le Congrès – la Chambre des représentants et le Sénat – est une vraie puissance politique. Il est doté de pouvoirs réels. Rien ne se fait sans lui. La Maison Blanche doit négocier, pas à pas, chacun des textes qu’elle souhaite voir adopter. Que la formation qui domine le Congrès soit ou non celle du locataire de la Maison Blanche ne change rien à l’affaire : le parti majoritaire a des objectifs et dépend d’intérêts qui ne sont pas forcément ceux du président, même s’ils sont du même bord. C’est bien ce qui se passe aujourd’hui.

Disposant d’une majorité démocrate dans les deux Chambres, Barack Obama peine à faire voter certaines des réformes-clés de son programme. Nombre de grands projets législatifs sont bloqués, encalminés dans d’interminables navettes. Il en va ainsi de la réforme de l’assurance-santé, bien sûr, mais aussi de celle, non moins importante, de la régulation financière ou des mesures de soutien à l’emploi. Rien n’est encore voté.

Le grand politologue américain Francis Fukuyama observait récemment dans nos colonnes : “Le système américain des pouvoirs et contre-pouvoirs s’est métastasé en un mécanisme de plus en plus dysfonctionnel qui permet de différer indéfiniment la résolution des problèmes difficiles.”

On relèvera deux raisons majeures. La première tient à la difficulté grandissante de dégager des majorités qualifiées avec un Parti républicain qui a diabolisé M. Obama. Surnommé “le parti du non”, la formation républicaine pratique un obstructionnisme qui marque une régression démocratique. La seconde tient au financement des campagnes. Si le Congrès est impopulaire aux Etats-Unis, c’est que trop d’élus dépendent sans cesse davantage d’intérêts particuliers – de l’industrie pharmaceutique à la finance – qu’ils vont servir aux dépens de l’intérêt général.

M. Obama avait promis de réformer Washington. Il y a urgence.

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