The Triumph of “Anti-establishment” Candidates

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Des primaires mardi sont perçues comme un avant-goût de ce qui pourrait arriver lors des élections de mi-mandat, en novembre prochain.

S’il fallait donner un conseil aujourd’hui pour réussir en politique aux Etats-Unis, ce serait celui-ci: se tenir… à l’écart de la politique. Une série d’élections primaires qui se tenaient mardi dans différents Etats ont prouvé l’extrême méfiance que semblent entretenir les électeurs vis-à-vis de leur classe politique. Ni à droite, ni à gauche, ni même au centre: ce sont les candidats ayant affiché le plus grand rejet vis-à-vis de Washington et de «l’establishment» qui l’ont emporté, sans coup férir.

Détrônés par des «outsiders»

Ces primaires étaient perçues comme un avant-goût de ce qui pourrait arriver lors des élections de mi-mandat, en novembre prochain, lorsque seront renouvelés la Chambre des représentants dans son ensemble et un tiers des sièges du Sénat. C’est de mauvais augure pour les deux partis: les états-majors démocrate et républicain ont vu leurs favoris se faire détrôner par des «outsiders», d’autant plus sûrement que les candidats «officiels» étaient des hommes politiques expérimentés et aguerris.

L’issue du scrutin en Pennsylvanie est à cet égard révélatrice, puisqu’elle a mis un terme abrupt aux trente ans de carrière du sénateur Arlen Specter. Soutenu par le président Obama, par le vice-président Joe Biden, ainsi que par toutes les autorités démocrates locales, le vieux sénateur a mordu la poussière face au représentant Joe Sestak, un challenger qui, en comparaison, semblait être un simple apprenti. Autre particularité de cette élection primaire: après s’être placé toute sa vie sous la bannière républicaine, le sénateur Specter venait de tourner casaque en s’inscrivant chez les démocrates. Même si les prises de position du sénateur l’ont toujours, par le passé, rapproché de ses rivaux, cette volte-face a irrité les électeurs. «Trop de politiciens de carrière sont concernés par garder leur job plutôt que par servir le peuple», a résumé Joe Sestak en proclamant sa victoire.

De même, en Arkansas, la sénatrice Blanche Lincoln, en poste depuis 1998, n’est pas parvenue, toujours chez les démocrates, à l’emporter face à Bill Halter, l’adjoint du gouverneur sur lequel personne n’aurait misé un seul dollar il y a encore quelques mois.

Pourtant, c’est surtout du côté des républicains que se tournaient les regards alors que le mouvement du Tea Party, qui défie le Parti républicain sur sa droite, s’est donné pour objectif de bousculer l’ordre établi en novembre prochain. Au Kentucky, un très puissant politicien local, Trey Grayson, a été emporté par Rand Paul, le fils de l’ancien sénateur Ron Paul, qui défend ouvertement des positions populistes, comme celle de démanteler le Département de l’éducation. «J’ai un message clair et fort de la part du Tea Party, triomphait le vainqueur: nous sommes là pour reprendre le gouvernement.»

Selon les analystes américains, cette manière de prôner l’appartenance à «l’anti-establishment» n’est pas à proprement parler nouvelle aux Etats-Unis. «Les hommes politiques se sont présentés contre Washington pratiquement depuis la fondation de ce pays», sourit David Dublin, professeur à la School of Public Affairs de l’American University de Washington. L’irruption du Tea Party est pourtant particulière en ce qu’elle déstabilise de manière profonde le Parti républicain. «Les responsables républicains sont aiguillonnés par le potentiel d’énergie qui se dégage de ce mouvement, mais dans le même temps ils ne savent s’ils réussiront à le contrôler. Ils sont effrayés à l’idée de s’aliéner les électeurs centristes.» Le Tea Party représente-t-il un bienfait ou un handicap? «Face à lui, les républicains n’ont pas encore de vision stratégique claire», analyse David Dublin.

Polarisation prononcée

Dans l’immédiat, au moins, les primaires de mardi semblent participer d’une polarisation de plus en plus prononcée du monde politique, qui contraste avec la volonté originelle de Barack Obama de réunir des alliances «bipartisanes» plus larges. «Il y a certes une polarisation, concède le professeur, mais elle est plus le fait des candidats et de la classe politique elle-même que des électeurs.» Le centre existe toujours dans la politique américaine. Mais plus personne ne veut l’occuper.

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