Vocabulary Lesson

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Le journaliste économique français aux États-Unis rencontre souvent des difficultés à traduire certaines formules synthétiques dans le langage courant des américains. Le plus intéressant est que souvent si ces expressions n’ont pas d’équivalent évident, c’est qu’elle font appel à un concept qui n’existe pas vraiment en français. Ou en tout cas qui n’a pas le même statut dans la langue française courante. Il faut donc trouver des périphrases ou se lancer dans des explications.

Deux exemples:

1) “Too big to fail”

On parle beaucoup du “Too big to fail” depuis septembre 2008, date du sauvetage dramatique de Fannie Mae, Freddie Mac et AIG. L’expression est souvent résumée par l’abréviation TBTF.

Elle fait référence aux sociétés financières ou industrielles dont la taille et l’importance pour le système économique est telle qu’on ne peut pas envisager sérieusement de les laisser mourrir.

Un des objectifs des élus républicains est d’abolir le principe du TBTF. L’idée est d’obliger les dirigeants et actionnaires de toutes les sociétés à accepter la loi du marché. En théorie, cette démarche est louable. Dans la pratique, elle est difficile à exécuter. Même George W. Bush a conclu que General Motors méritait qu’on l’a sauve de la liquidation.

Lehman Brothers en revanche n’a pas été considéré comme TBTF. Et à juste titre.

Aujourd’hui en Europe, la Grèce et l’Irlande sont TBTF. Les autorités européennes cherchent un moyen de sauver ces pays du défaut de paiement pour préserver l’intégrité de la zone euro. Il faut inventer des moyens crédibles de couverture par les pays vertueux de la zone des mauvais risques pris par les pays laxistes. Les opinions vont-elles accepter longtemps ce transfert de risque ?

Le plus grave est le TBTS…c’est à dire le Too big to save…Cela fait référence à une entreprise si grande qu’on ne peut ni se permettre de la laisser mourrir, ni la sauver de la catastrophe parceque cela couterait trop cher…Fannie et Freddie sont de fait dans cette catégorie pour des années. En Europe ? C’est aux yeux de Wall Street probablement le cas de l’Espagne.

2) “Train wreck”

Ce qui me conduit à mon deuxième exemple: Train wreck. J’adore cette expression mais j’ai dû faire appel à un expert parisien pour trouver une analogie: “Course à l’abîme”.

Train wreck veut dire accident de train, généralement par déraillement. Mais l’expression est imagée. Elle décrit la progression plus ou moins lente d’un convoi vers la catastrophe inéluctable. On sait que le déraillement, la tôle froissée et des centaines de victimes sont inévitables. Mais on ne sait pas comment arrêter le train.

L’expression “course à l’abîme” reprend l’image dynamique de l’enchainement inéluctable qui conduit à la catastrophe.

C’est en tous cas l’expression fréquemment employée ici pour parler de l’incapacité des européens à contenir la contagion du mal grec aux autres pays de la zone.

Si vous avez des idées de traductions ou d’analogies, je suis à votre écoute, très intéressé.

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