Google, Far Beyond Irony

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Bien sûr, il y a quelque chose de piquant à voir Microsoft, harcelé durant dix ans par Bruxelles pour abus de position dominante, attaquer désormais Google pour exactement les mêmes raisons. Et ce d’autant plus que c’est la même personne, Brad Smith, avocat général de Microsoft, autrefois défenseur acharné du quasi-monopole de la firme, qui s’en prend aux pratiques de son concurrent.

Au-delà de cette situation ironique, il y a la position difficile du géant du logiciel, dépassé en moins de dix ans par un Google autrement plus véloce, dominateur aujourd’hui tant sur la recherche et la publicité sur Internet que demain sur les logiciels pour téléphones et que, peut-être, sur les systèmes d’exploitation pour ordinateurs.

Les poursuites en justice sont souvent l’action désespérée des perdants. Mais, au-delà du cas Microsoft, l’ouverture très probable par Bruxelles d’une enquête formelle contre Google est salutaire. Et ce même sans se prononcer sur le fond des reproches adressés par son concurrent.

Google a beau répéter que «la concurrence n’est qu’à un clic», les internautes demeurent très attachés à ses services. En raison de leur qualité et de leur fiabilité. Mais il y a aussi la paresse des internautes, et encore un soupçon que des murs sont élevés pour empêcher ce clic ailleurs. Or, depuis plusieurs mois, Bing, le moteur de Microsoft, serait au moins à armes égales avec Google, estiment plusieurs spécialistes. Mais sa part de marché demeure à 13% aux Etats-Unis. Contre 67% pour Google. En Europe, le chiffre de 95% est articulé.

D’une puissance inégalée, Google a, via sa notoriété, le droit de vie ou de mort sur les sites web qui ne parviendraient pas à se faire indexer correctement. Or la firme garde secrètes les formules de cette indexation. Idem pour le marché publicitaire, détenu à 75% par Google outre-Atlantique: la firme est accusée de rogner la part de ses concurrents pour un gâteau colossal pesant plusieurs milliards de dollars.

Passons sur le contenu indexé jour après jour par Google, des livres aux images de StreetView en passant par l’ensemble d’Internet. Quelles que soient les motivations de Microsoft, ouvrir les yeux des autorités de la concurrence sur les possibles abus d’une entreprise omniprésente dans nos vies est salutaire. Et peu importe que Bruxelles, voire Washington, décide d’agir face à Google grâce aux millions dépensés en justice par un Microsoft qui n’a jamais brillé par son ouverture à la compétition. Aujourd’hui, Google est autrement plus puissant que lui.

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