The Perversity of American Campaign Finance

Edited by Gillian Palmer

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Une fois l’épisode des conventions démocrate et républicaine terminé, la campagne officielle pour la présidence des États-Unis va débuter. Au chapitre des différences, l’édition 2012 propose une énorme singularité avec celle de 2008. Un vice, pour être exact, qui risque fort de réduire la qualité démocratique au statut de poudre de perlimpinpin. De quoi s’agit-il ? Le financement.

Pendant des années, voire des décennies, le cocktail fait d’argent, d’affiches électorales, de messages télévisés et d’autres attributs des joutes politiques a été analysé, scruté et toujours décrié. Toujours jugé comme une contradiction de l’esprit démocratique à cause justement de l’énormité des sommes canalisées dans les caisses des formations et des apparences, c’est le moins que l’on puisse dire, de conflits d’intérêts que cette valse produisait.

Dans la foulée de l’avalanche de critiques suscitée par cet épandage de dollars, la loi McCain-Feingold fut votée afin de baliser tout cela. Quand ? En 2002. On insiste : en 2002, et non en 1992 ou 1996. Cette loi stipulait qu’aucune organisation, à but lucratif ou pas, « ne pouvait participer à la diffusion à la télévision d’un message faisant mention d’un candidat ». Mais voilà, à la suite d’une plainte déposée par le très conservateur Citizens United contre la Federal Election Commission, la Cour suprême des États-Unis a décrété, en janvier 2010, que donner de l’argent à un candidat relevait de la liberté d’expression protégée par l’article 1 de la Constitution. En se rangeant derrière le groupe conservateur, le plus haut tribunal du pays a renversé la loi Feingold-McCain, mais également le jugement Austin versus Michigan Chamber of Commerce et partiellement gommé McConnell versus Federal Election Commission.

Rien ne résume mieux la somme des renversements orchestrés par la Cour suprême que l’expression courante et suivante : bar ouvert ! On devrait préciser bar ouvert pour les républicains et leurs très riches soutiens, pour Mitt Romney et pour le maître en coups tordus des campagnes de Bush fils et qui aujourd’hui s’avère la version lugubre de Machiavel, soit Karl Rove. Les démocrates ? À cause ou plutôt grâce à Barack Obama, leur attitude est totalement différente. Déclinons.

Dans une longue enquête menée par le New Yorker on réalise que, sur ce flanc, Romney est au fond le Monsieur Sans-Gêne de la politique américaine. Pour s’en convaincre, il suffit de le suivre au ras des pâquerettes. Lors des soirées organisées pour lever des fonds, il dialogue avec les bailleurs, enregistre leurs doléances et s’éclipse lorsque vient le temps d’aborder la question de l’argent. Cet exercice, il le laisse à ses collaborateurs. Bref, s’il n’enfreint pas les règles, il ne campe pas moins à l’extrême limite du territoire de celles-ci.

En cette matière, l’attitude d’Obama est totalement différente. Elle est même l’inverse. C’est bien simple, pour Obama, le président des États-Unis d’Amérique ne peut pas faire l’économie, c’est le cas de le dire, de l’éthique, de la morale. Pour lui, tout chef de l’exécutif qui a le souci démocratique chevillé au corps doit constamment lutter pour que la voix du professeur ou du plombier qui donne un dollar ait un poids équivalent à celle du fortuné.

Depuis qu’il occupe la Maison-Blanche, Obama a poussé le scrupule jusqu’à refuser de se faire prendre en photo avec ceux et celles qui ont donné des millions pour sa campagne de 2008. Il a toujours pris un soin méticuleux à ne jamais se transformer en chef de la campagne de financement, comme Romney ou même Bill Clinton. Au fond, son principe est très simple : si je fais quelque chose de bien, de juste, cela devrait suffire à convaincre les gens. À ce propos, il faut souligner, deux fois plutôt qu’une, qu’au premier jour de son mandat, il a banni tous les lobbyistes de son administration.

Cela étant rappelé, on ne sera pas étonné d’apprendre que, selon les témoignages contenus dans l’article du New Yorker, Obama fait beaucoup penser à Jimmy Carter. Comme lui, il craint que l’introduction massive des espèces sonnantes ne transforme la démocratie américaine en une ploutocratie. C’est dire.

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