Obama Slowed American Decline

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“Obama a freiné le déclin américain”

Ce soir enfin, le dernier débat télévisé qui opposera Barack Obama et Mitt Romney n’est plus censé porter sur Big Bird (l’oiseau de Sesame Street dont Romney veut couper les ailes) ou les “classeurs de femmes” (qui servent à Romney encore pour promouvoir le sexe faible) mais sur la bombe atomique iranienne, Al Qaeda ou la menace chinoise. A vos compteurs donc, pour relever combien de fois chacun des deux prétendants à la Maison Blanche promettra un nouveau “leadership” américain… Pour s’y préparer, Justin Vaïsse, chercheur français à la Brookings et auteur d’un livre de référence sur la politique étrangère d’Obama, rappelle que le contexte est plutôt celui du déclin, relatif, des Etats-Unis.

Le point de départ de votre livre, c’est bien le déclin américain?

A son arrivée début 2009, c’est le constat qu’Obama est bien forcé de faire. Il y a eu un déclin relatif, du fait de la simple élévation des autres puissances. Avec une croissance économique de plus de 10% (ou même de 7,5% cette année) en Chine et de 1 à 3% aux Etats-Unis, il est mathématique que l’Amérique décline, en termes relatifs encore une fois. Toute la question est de savoir si le déclin sur le plan de la puissance internationale a été accéléré ou ralenti par les politiques suivies. Sous Bush, le phénomène a été précipité par de mauvais choix de politique étrangère. Sous Obama, le phénomène s’est plutôt ralenti : tout en dépensant moins, il a réussi à repositionner l’Amérique et à freiner cette érosion de la puissance.

Que ce soit face à l’Iran, à Israël ou surtout en Syrie, l’impression dominante que donne aujourd’hui la diplomatie américaine n’est-elle pas l’impuissance ?

 Oui et non. Si nous étions dans les années 1990, au pic de leur puissance, nous pourrions aussi parler de l’impuissance des Etats-Unis à régler les problèmes des Balkans ou le processus de paix au Moyen-Orient. Il y a un an, à l’issue de l’opération en Libye, on aurait pu souligner que les Etats-Unis avaient encore de beaux restes. Pour ce qui est de la Syrie, il faut plutôt comprendre pourquoi Obama n’a pas voulu intervenir. Plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte, y compris des calculs électoraux et la volonté de ne pas se laisser à nouveau happer par une guerre au Moyen Orient pour se consacrer à d’autres régions (c’est le fameux “pivot” vers l’Asie”). L’idée à l’époque était que les forces anti-Assad allaient de toutes façons l’emporter. Le constat a été fait que l’intervention serait dangereuse et coûteuse politiquement, pour un résultat qui serait plus ou moins le même. Il y a donc eu une décision pensée de ne pas intervenir, dont on vit aujourd’hui les conséquences désastreuses… sans qu’on puisse dire qu’une intervention aurait forcément conduit à des conséquences heureuses.

Si Obama est réélu, peut-on s’attendre à une politique américaine plus interventionniste, en Syrie ou au Mali ?



En Syrie, c’est probable. Entre ne rien faire du tout (la politique actuelle) et imposer une zone d’exclusion aérienne, qui aurait des coûts très élevés, il y a des options intermédiaires qui peuvent aider à faire pencher la balance du côté des rebelles modérés. Tout le problème cependant, c’est que dès qu’on commence à tirer sur un fil, on engage sa crédibilité et il y a risque d’engrenage. Pour ce qui est du Mali, vu des Etats-Unis, c’est vraiment secondaire. Il est déjà frappant de voir qu’Obama ne met guère l’opération libyenne à son crédit. Avant même le drame au consulat de Benghazi, il ne se vantait pas d’avoir eu le “scalp” de Kadhafi comme il le fait pour Ben Laden. Or l’intervention en Libye a été un succès remarquable, qui n’a coûté que 900 millions de dollars environ. Le soutien à une intervention au Mali passerait aussi sous le radar.



Un Obama réélu s’attellera-t-il au processus de paix en Palestine?



On entend dire en effet qu’il pourrait se servir de sa légitimité renouvelée pour peser sur le processus. Mais on peut penser aussi qu’il ne va pas bouger. Il s’y est déjà brûlé les doigts. Si Netanyahou gagne ses élections (prévues en janvier 2013, ndlr), je ne vois pas ce qu’Obama pourrait faire dans cette galère. Il n’a que des coups à y prendre. Je pense plutôt qu’il se concentrera sur son agenda de “pivot” de la puissance américaine vers l’Asie. La grande idée d’Obama c’est de reformuler  le leadership américain pour l’adapter au monde d’aujourd’hui. Pour cela, il faut cesser de faire des guerres au Moyen-Orient.



Et si Romney est élu, qu’attendre de lui?



Avec Romney, la difficulté est toujours de savoir qui il est. Ses positions, comme sur d’autres sujets, ont varié. En juin 2011, lors des débats de la primaire républicaine, il disait qu’il fallait quitter l’Afghanistan aussi vite que les généraux l’estimaient possible. Aujourd’hui, il reproche plutôt à Obama de vouloir aller trop vite en besogne. A partir de 2011, Romney s’est mis sur une ligne néoconservatrice, disant vouloir parler beaucoup plus durement à la Russie et la Chine. Le monde qu’il dessine ainsi est plutôt celui de Bush, c’est le monde de 2003 ou 2004, pas celui d’aujourd’hui où émergent de nouvelles puissances. Ceci dit, quand on entre dans le détail, il y a souvent très peu de différence entre ce que prônent Romney et Obama, sur la Syrie ou sur l’Iran par exemple. L’équipe de politique étrangère de Romney est essentiellement constituée de faucons, mais avec aussi des réalistes comme Robert Zoellick. Au final, elle donne une impression de désorganisation et d’amateurisme. Romney a raté toute la séquence de politique étrangère de sa campagne : sa tournée internationale a été marquée par une série de gaffes, il a aussi réagi trop vite à l’attentat de Benghazi, et lors du deuxième débat, a réussi à rater son attaque contre Obama sur ce sujet, alors que la cible était facile.



Contrairement à Obama, Romney connaît bien l’Europe, il a vécu plus d’un an en France, mais il est aussi spécialiste du « Europe-bashing ». Qu’en déduire ?



La France était pour lui une terre de mission comme le Guatemala ou le Laos auraient pu l’être. Sa religion mormone lui a donné une formation plus ouverte sur l’international mais elle semble aussi l’avoir enfermé dans une bulle, constituée par sa famille et sa communauté. Si vraiment il est élu, je pense néanmoins qu’il pourra s’entendre avec François Hollande, tous deux sont des pragmatiques.

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