Obama and Energy: A Failure In Optical Illusions

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Barack Obama avait été élu en 2008 avec un discours volontaire sur le réchauffement climatique. A première vue, il semble avoir échoué à mettre en place une politique énergétique ambitieuse. Ses initiatives ont soit été bloquées à l’état de projet (création d’un marché du carbone), soit broyées par les « flibustiers » du Congrès (régulation sur les pluies acides). Malgré la catastrophe pétrolière de Macondo en 2010, l’exploration offshore a été étendue dès 2011. Le film alarmiste « Gasland » n’a pas empêché l’essor des gaz de schiste et l’extension des techniques de fracturation aux autres pétroles non-conventionnels. Et, après la faillite d’un Solyndra, soutenu par des fonds fédéraux dans le solaire, qui osera encore parler de politique énergétique outre-Atlantique ?

Une analyse plus fine suggère que l’administration Obama n’a pas abandonné son ambition, intervenant dans quatre directions qui resteront des constantes après 2012. La première réside dans la volonté d’indépendance énergétique à bas coûts. L’approche pragmatique post-Macondo (forte amende pour BP, nouvelle agence de contrôle, mais pas de moratoire durable) ou la réponse aux critiques sur les gaz de schiste (de nouveaux standards) s’inscrivent dans cette logique : ne pas casser la dynamique des hydrocarbures non conventionnels, source d’emplois, de redressement de la balance commerciale et d’une moindre vulnérabilité face à l’Iran ou au Venezuela.

Une deuxième constante porte sur les énergies nouvelles. Les incitations fiscales du programme de stimulation économique de 2009 ne survivront pas toutes au marchandage fiscal qui vient de s’achever, mais reflètent une volonté stratégique. Dans les biocarburants, l’appui du lobby agricole a permis l’approbation du taux de 15 % d’éthanol dans les carburants en 2012. Dans le solaire, à la différence de l’Allemagne, les Etats-Unis n’ont pas renoncé à en disputer le leadership à la Chine, comme le prouve la taxe antidumping unilatérale de 2012. Dans la R&D, les fonds fédéraux continuent de préserver la capacité de redéploiement sur de nouvelles technologies.

Troisième constante, les Etats-Unis vont continuer à améliorer leur efficacité énergétique. Les constructeurs automobiles américains ont accepté les standards de réduction de consommation des camions, ce que l’Europe n’a pas encore fait. L’Agence internationale de l’énergie prédit une baisse des émissions de carbone de 19 % d’ici à 2035, grâce une meilleure efficacité énergétique, à la substitution du gaz au charbon et à une électricité à 23 % renouvelable.

Dernière constante, Obama continue à encourager des initiatives locales pour contourner le Congrès. La Californie a créé en 2012 le marché du carbone deux fois refusé à Washington. Vingt-neuf Etats ont imposé des minima de production électrique renouvelable. La très républicaine Oklahoma City a généralisé ses compteurs intelligents. Autant d’évolutions qui permettent d’alimenter les initiatives fédérales (Clean Energy Standards Act).

Sisyphe de l’énergie, Obama 2 continuera donc bien à avoir une politique énergétique faite de « petits riens » moins polémiques qu’un « grand tout ». Cette politique aura une triple conséquence pour le reste du monde. Industriellement, le coût durablement bas de l’énergie va accroître la compétitivité de l’industrie lourde américaine. Commercialement, des échanges extérieurs rééquilibrés permettront aux Etats-Unis d’exporter sélectivement du GNL à leur allié japonais ou du charbon aux Européens. Géopolitiquement, l’Amérique va réévaluer ses priorités au Moyen-Orient. Après deux guerres, en Irak et en Afghanistan, les GI se battront-ils demain pour Ormuz ou Suez ? La question mérite d’être méditée à Riyad, à Pékin et… à Paris.

Denis Florin

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