The Real Debate Between Left and Right is Taking Place in the US

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On avait l’habitude de dire qu’il n’existe pas, aux Etats-Unis, une gauche et une droite comme en France, les partis démocrate et républicain étant pratiquement interchangeables. Pour autant que l’opinion ait été justifiée à l’époque où on l’émettait, les événements récents, outre-Atlantique, autour de la “falaise fiscale”, et en France, avec le cadeau de 20 milliards d’euros offert aux entreprises par le pacte de compétitivité, suggèrent qu’elle a en tout cas cessé d’être vraie, voire… que la situation s’est inversée.

Un accord est intervenu aux Etats-Unis durant la nuit de la Saint-Sylvestre sur ce que l’on appelle, en effet, la “falaise fiscale” : un ensemble de mesures dont la liste avait été rédigée en août 2011 comme devant entrer automatiquement en vigueur le 1er janvier 2013 au cas où un accord entre démocrates et républicains ne serait pas intervenu entre-temps pour maîtriser l’inexorable hausse de la dette publique.

Le plafond de la dette publique est déterminé aux Etats-Unis par la loi. Or, ce plafond ayant été atteint au printemps 2011, il fallait impérativement le relever. Un accord de dernière minute était intervenu au début du mois d’août 2011, quitte à remettre à plus tard la solution des questions épineuses.

BROUET EMPOISONNÉ ET DISSUASIF

En effet, pour encourager représentants et sénateurs à approuver l’accord, un brouet empoisonné et dissuasif avait été concocté : un ensemble de mesures, inacceptables aux uns et aux autres, devait entrer automatiquement en vigueur le 1er janvier 2013. Pour dégoûter les démocrates, des atteintes à l’Etat-providence – ou l’Etat de bien-être” (“Welfare State”), comme l’on dit plus respectueusement là-bas ; pour écoeurer les républicains, des coupes claires dans les dépenses militaires et les bénéfices des cliniques privées et de l’industrie pharmaceutique dans le cadre de Medicare, l’assurance maladie-invalidité des retraités.

Mais étant donné la polarisation de la vie politique aux Etats-Unis depuis le début de la crise, aucun progrès n’est intervenu entre août 2011 et décembre 2012, les deux partis campant sur leurs positions respectives.

Du côté républicain, l’objectif est de réduire progressivement la dette… tout en baissant les impôts. Une double contrainte qui implique une réduction des dépenses de l’Etat. La seule variable d’ajustement étant dans ce cas de figure la protection sociale, c’est elle qui ferait nécessairement les frais de l’opération.

Du côté démocrate – dont l’électorat est aujourd’hui constitué massivement de la partie féminine de la population américaine et des minorités hispanique, afro-américaine et asiatique – l’objectif est unique : assurer l’intangibilité de la protection sociale.

IRRÉDUCTIBILITÉ DES POSITIONS

Bien que la minorité asiatique soit aujourd’hui plus riche que la majorité blanche, et que l’électeur moyen républicain soit donc plus âgé et plus pauvre que celui du Parti démocrate, l’irréductibilité des positions est évidente : un clivage net existe entre la droite et la gauche sur la question de l’Etat de bien-être, dont les modalités et l’extension sont considérées négociables par la droite, mais pas par la gauche.

Les choix sont désormais des choix de société reposant sur deux analyses aux conclusions irréconciliables : pour les uns, la société est saine mais pénalisée par des impôts excessifs et une protection sociale à la fois inutile et trop coûteuse ; pour les autres, le partage de la richesse est déséquilibré : une moitié de la population se partage 2 % du patrimoine, tandis que 1 % de la population en détient le tiers. Les plus riches, faute d’opportunités d’investissement productif en raison du trop faible pouvoir d’achat de la population dans son ensemble, spécule, déréglant le mécanisme de formation des prix.

Dans un tel contexte d’affrontement, les prétendues “solutions de compromis”, qu’il s’agisse de celle intervenue le 2 août 2011 ou de celle du 1er janvier 2013, n’en sont pas véritablement : l’irréductibilité des points de vue interdit toute solution, et les seuls accords qui puissent être conclus portent sur le fait de reporter à plus tard la recherche d’authentiques compromis, aujourd’hui introuvables, les deux modèles de société en présence étant irréconciliables.

Warren Buffett, le milliardaire d’Omaha (Nebraska), déclarait il y a quelques années que la lutte des classes existe aux Etats-Unis, que ce sont les riches comme lui qui la mènent, et qu’ils l’ont déjà gagnée.

M. Obama disposait d’une majorité de rêve au moment de sa première élection à la présidence, une majorité authentiquement de gauche pour la première fois dans l’histoire récente des Etats-Unis. Or, son alignement systématique sur des positions de droite a provoqué le découragement de ses partisans et a permis au Parti républicain de regagner en peu de temps une majorité au Congrès.

Paradoxe supplémentaire, mais l’histoire en est faite, la cohabitation qui a suivi – et qui se poursuit au début de son second mandat – a permis de reprendre cette lutte des classes dont M. Buffett jugeait, prématurément sans doute, qu’il s’agissait d’une affaire réglée…

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