An Unprecedented Wave of Money in US Midterm Elections

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Quatre milliards de dollars ont été engagés dans la bataille, faisant de ces élections de «midterm» les plus chères de l’histoire.

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Il y a quelque chose de paradoxal et de pourri dans le royaume d’Amérique: les citoyens sont de plus en plus dégoûtés de la politique, sceptiques sur leurs élus et de moins en moins tentés de se rendre aux urnes. Mais un tsunami d’argent toujours plus massif s’abat sur le pays à chaque élection pour matraquer des messages simplistes et les sortir de leur apathie ; suscitant à son tour plus de dégoût et de désaffection…

De ce point de vue, les élections de mi-mandat de 2014, qui se tiennent ce mardi 4 novembre dans une ambiance de déprime, pour renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, auront marqué un pic de cette tendance délétère.

Quatre milliards de dollars ont été lancés dans la bataille, en faisant le scrutin de midterm le plus cher de l’histoire des États-Unis. «Cela représente 10 fois le budget que le gouvernement a mobilisé pour combattre Ebola», note CNN. Sur ces 4 milliards, 3 milliards ont été dépensés pour financer les états-majors sur le terrain, avec leurs bus, leurs tracts, leurs tee-shirts et leurs troupes d’activistes allant «chercher l’électeur» maison par maison. Mais ce qui inquiète le plus les instituts de recherche traquant les liens incestueux entre argent et politique, c’est le milliard restant. Ce dernier est le produit des dons fastueux qui ont été déversés par des «intérêts spéciaux» extérieurs aux campagnes, via des «super-PAC» privés dont le but est d’acheter de l’influence, en élisant des élus à leur main. «Ces intérêts veulent avoir leur gars dans la place» pour faire passer des lois qui leur sont favorables, explique Ian Vanderwalter, du Brennan Center for Justice.

Argent noir

Cet argent «noir» coule à flots particulièrement vigoureux depuis la décision de la Cour suprême, dite «Citizen United vs FEC» de 2010, de laisser groupes et individus privés dépenser sans compter à condition de ne pas être directement liés aux états-majors de campagne. Il a donné une place disproportionnée à quelques milliardaires, qui dominent les campagnes de leurs millions et coordonnent leurs plans en sous-main avec les partis. En tête de liste, figurent les très discrets frères David et Charles Koch, dont tout le monde parle mais que personne ne voit jamais. Ces milliardaires pétroliers libertariens, ennemis jurés des hausses d’impôt et de toutes les régulations que l’Administration Obama tente d’imposer au secteur énergétique, auraient dépensé quelque 290 millions cet automne pour promouvoir des candidats «acceptables», via le super-PAC Freedom Partners et l’ONG Americans for Prosperity. Ils ont arrosé la campagne du républicain Tom Cotton dans l’Arkansas, dans l’espoir de le voir rafler le siège du démocrate sortant Mark Pryor, en grande difficulté. Une deuxième figure, plus nouvelle, est Tom Steyer, milliardaire vert qui aurait lancé 74 millions dans la mêlée, pour soutenir au contraire les candidats soucieux d’environnement. Troisième larron de poids, l’ancien maire de New York et milliardaire Michael Bloomberg a dépensé 20 millions de dollars pour aider les candidats favorables aux restrictions des armes à feu, projet qui a suscité l’inquiétude de la National Rifle Association, autre donateur clé, qui a dû surenchérir.

Cette année, c’est la Caroline du Nord, un État pivot où la course est serrée, qui a remporté le triste titre de championne des dépenses de campagne, avec 90 millions de dollars, du jamais-vu. Les opérations publicitaires y ont été d’une violente méchanceté, les républicains montrant des images entrelacées d’Obama et des meurtriers cagoulés de l’État islamique, pour illustrer son impuissance et ses responsabilités. Les démocrates n’ont pas été en reste, accusant dans leurs publicités leurs adversaires de «détester les femmes». Selon l’université George Washington, l’impact sur le comportement des électeurs de ces campagnes agressives et coûteuses reste toutefois mal établi.

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