When the CIA Tortures in the Name of Human Rights

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Quand la CIA torture au nom des droits de l’homme

Le Sénat américain a dévoilé mardi dans un rapport les dessous – expurgés – des forfaits de la CIA (Centrale du renseignement américain) après septembre 2001. Ce rapport de 525 pages, quoique expurgé, n’est en fait que le résumé du résultat terrible auquel sont parvenus les enquêteurs du Sénat après quatre ans d’investigations (2005-2009). Il y eut des hésitations avant une publication passablement tronquée. Cela se comprend, parce que même élagué, ce rapport est une vraie bombe qui décrit les méthodes répréhensibles, révoltantes, avec lesquelles agissait la CIA pour obtenir des informations. Même si le rapport ne dit pas tout ce qui est porté à la connaissance du public reste terrifiant sur la manière avec laquelle sont obtenus des renseignements qui souvent sont vains. Le monde délétère dans lequel évolue la CIA, est fait de la torture, des prisons secrètes, de pratiques barbares que la conscience prohibe. Toutefois, la Centrale américaine n’aurait pu parvenir à ses fins sans l’aide et la complicité de nombre de pays, en particulier européens. Ainsi, la CIA a notamment mis en place un fantastique réseau de prisons clandestines, réparties en Pologne, en Roumanie, en Tchéquie et au Kosovo notamment. On constate que ce sont des pays qui ne peuvent rien refuser aux Etats-Unis. Dès 2005, un petit hebdomadaire new-yorkais, The Village Voice, soupçonna l’existence de ces prisons atypiques, ces fameuses prisons secrètes. A son tour, Amnesty International alerta l’opinion publique sur l’existence de telles prisons où des tortures extrêmes sont pratiquées en dehors de toute légalité. Des hommes présumés membres d’Al Qaîda ou soupçonnés d’appartenance à des groupes terroristes sont ainsi torturés dans des conditions souvent cruelles. Amnesty International n’a pas ainsi hésité à parler d’ «Archipel du goulag» (en référence au célèbre roman de Soljenitsyne). C’est cependant, un article du Washington Post, la même année, qui va confirmer les soupçons et bouleverser le landerneau politique américain et international. Ces «black sites» (sites noires, ou prisons clandestines) servaient à la CIA de champ d’expérimentation sur la manière de faire parler les suspects. La CIA a d’ailleurs publié en avril 2014, un rapport de 6600 pages confirmant l’existence de centres de détention et de torture, notamment au Maroc, avec le centre de Témara, près de Rabat. Ce qu’a fait la CIA était tellement démesuré que le monde n’a pas d’abord compris l’énormité du crime. C’en est un en réalité. Ainsi, la réaction de l’Union européenne a été vive quand plusieurs pays européens étaient pointés du doigt. L’UE chargea le Conseiller aux Etats suisse, Dick Marty, d’enquêter sur les faits Ce dernier a rendu public en juin 2006 le rapport sur les «allégations de détention secrète dans des États membres du Conseil de l’Europe». L’enquête a ainsi mis en lumière l’implication d’États européens, (l’enquêteur cite nommément la Suède, la Bosnie, le Royaume-Uni, l’Italie, la Macédoine, l’Allemagne et la Turquie). Ce qui montre combien les pays se réclamant des droits de l’homme sont prêts à outrepasser ce droit et les lois, y compris leurs lois, pour parvenir à leurs buts. En effet, toute puissante qu’elle est, la CIA n’aurait pu accomplir le crime de torture sans la complicité d’Etats tiers. Ce sont donc ces pays qui poussent des cris d’orfraies contre les atteintes aux droits de l’homme en Afrique ou dans le Monde arabe, qui sont les premiers à violer ces mêmes droits dès lors que cela arrange leurs affaires ou justifie leur politique. Cela, en toute légalité: ils ont la loi de leur côté, qui ne cherchera pas à savoir comment ses agents l’appliquent sur le terrain. Ce que résume l’ancien vice-président américain, outré que l’on attaque la CIA, selon lequel la torture est un programme «absolutely, totally justified». Face au tollé, non seulement des défenseurs des droits de l’homme, mais aussi d’hommes politiques et de l’opinion publique mondiale scandalisés par les crimes de tortures commis par la CIA, Dick Cheney a ainsi estimé que l’utilisation de torture était «absolument justifiée» et était la chose à faire. Pour ceux qui ont ordonné ou permis de telles pratiques barbares, cela entre à l’évidence dans la normalité des choses et ils ne comprennent pas que le monde réagisse avec violence à des pratiques qui rabaissent l’homme au niveau de l’animal. Cela a été le cas à la prison d’Abou Ghraîeb en Irak par les marines américains. Cela a également été le cas en Algérie de 1954 à 1962, par les soldats français, lors de la guerre de libération quand la France a permis la torture pour combattre la Résistance algérienne. La torture a toujours été l’arme des pays «civilisés». Gageons qu’elle va le rester. Des gens réclament des poursuites judiciaires contre la CIA. Qui se saisira de l’affaire? La CPI? Ah! Ah! Ah!

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