Netanyahu’s Grand Maneuver

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Plusieurs milliers d’Israéliennes, juives et arabes, se sont rassemblées hier, devant la Knesset, (Parlement) pour exiger que le prochain gouvernement, issu des élections du 17 mars, se donne comme priorité la conclusion d’un accord de paix avec l’Autorité palestinienne. C’est sous une pluie battante que cette manifestation a eu lieu, devant les portes du Parlement, aux cris de ” Les femmes veulent la paix “, ” Nous choisissons la vie “, et la symbolique prend une dimension particulière, à quelques jours du 8 mars. Ce n’est pas par hasard que cette initiative intervient au moment même où Benjamin Netanyahu défiait, avec une virulence rare, le président Barack Obama, fort de l’appui massif et inconditionnel du Congrès américain, sous prétexte de dénoncer le ” risque ” d’un accord sur le nucléaire iranien, arguant qu’un tel accord menace non seulement la sécurité d’Israël (une antienne à laquelle la communauté internationale est habituée) mais carrément celle du monde entier. Le monde occidental, cela va sans dire. Le fait même que parmi les milliers de femmes, il y ait eu des laïques et des religieuses, des juives et des Arabes israéliennes, nombreuses étant celles qui arboraient des keffiehs, signifiant que la société israélienne commence à se poser des questions sur le va-t-en guerre outrancier du chef du Likoud, connu pour son extrémisme et sa politique manoeuvrière destinée à gagner du temps sans cesse et à favoriser au maximum l’implantation de nouvelles colonies dans les territoires occupés, au mépris des résolutions de l’ONU. Briguant un quatrième mandat, l’homme n’a pas trouvé mieux comme cheval de bataille que de s’engager dans un procès particulièrement agressif contre l’Iran, d’une part, et la politique d’Obama, d’autre part, soupçonné de vouloir aboutir à un accord sur le nucléaire iranien. Lors de la guerre dans la bande de Ghaza, plus de 2 200 Palestiniens ont été tués, en majorité des civils, ainsi que 73 Israéliens, en majorité des soldats. Tel est le bilan macabre de celui qui se présente volontiers comme l’ultime rempart israélien contre la menace que les pays arabes et musulmans sont censés exercer sur la survie de ” l’entité sioniste “. Laquelle a pourtant été reconnue officiellement par plusieurs capitales des pays voisins sans jamais concéder la moindre parcelle de leurs terres usurpées en juin 1967 et le meilleur exemple concerne précisément les territoires palestiniens et El Qods dont Israël tente à tout prix de dénaturer le caractère arabe. Inquiet par une campagne terne et sans débat réel, Netanyahu n’a pas trouvé mieux pour détourner l’attention des électeurs mécontents d’une situation socio-économique de plus en plus difficile que d’engager cette campagne contre Obama et l’accord virtuel sur le nucléaire iranien, défiant avec morgue, et sur ses propres terres, le président américain, à moins de deux semaines d’un scrutin hypothéqué par un bilan peu reluisant. En éloignant le débat de la question qui fâche, Netanyahu a voulu focaliser les regards sur la politique d’Obama plutôt que sur la sienne, espérant du coup gagner ou regagner un maximum de voix. Peu lui importe que le président Obama, qui a refusé de le rencontrer lors de sa visite à Washington, ait exprimé sa désapprobation en affirmant que ce discours n’apportait ” rien de nouveau ” et n’offrait aucune ” alternative viable “. Car s’il existe une certitude dans les rapports américano-israéliens, c’est que le différend Obama-Netanyahu n’affectera jamais, en quoi que ce soit, les liens puissants et immuables entre Israël et les Etats-Unis, quand bien même les pressions formelles de ces derniers font illusion, de temps à autre.

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