The Pope Is Making Philadelphia’s Airbnb Prices Go Crazy

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A Philadelphie, le pape affole les prix d’Airbnb

Brice Bossavie | Journaliste

« Le capitalisme débridé est l’excrément du diable. » En Bolivie au début du mois, le pape François fustigeait l’économie de marché. Une « punchline pontificale » dont les Américains n’ont visiblement pas tellement tenu compte.

Le 26 septembre, la ville de Philadelphie accueillera le patron des catholiques le temps d’un week-end. Un million et demi de personnes sont attendues en ville (le double de la population habituelle) pour voir le pape, invité au Rassemblement mondial des familles, et qui se rendra dans différents lieux de culte et dans une prison.

Evidemment, il faut loger ce flux de visiteurs. Les 11 000 chambres d’hôtels sont déjà complètes. Solution restante : la location chez les particuliers comme Airbnb, grand leader du secteur.

Service d’hôtellerie géant

Une aubaine pour tous les habitants de « Philly ». Surtout quand la municipalité autorise officiellement ce type de service, illégal jusque là, mais pratiqué depuis plusieurs années.

Du coup, c’est toute la ville qui se transforme en service d’hôtellerie géant : les propositions d’appartements affluent, et les propriétaires n’apprécient pas vraiment que leurs locataires gagnent de l’argent sans leur accord.

Chuck Holmer, gardien d’immeuble, explique à la presse locale qu’il garde l’œil :

« Je guette sur le site d’Airbnb les résidents qui proposent leur appartement en location. Et si je vois que c’est aussi le cas dans d’autres immeubles voisins, je les signale à mes collègues. »

La ruée vers l’or

Une parano des propriétaires qui peut s’expliquer par la flambée des prix que l’on constate sur toutes les annonces du site.

Habituellement, la nuit à Philadelphie tourne autour d’une petite centaine d’euros. Exemple avec quelques prix en centre-ville le 26 août 2015, pour une personne.

En observant la même carte, à la date de venue du pape, le 26 septembre, les chiffres sont édifiants : une nuit en centre-ville coûte parfois dix fois plus cher que d’habitude.

Airbnb restant la dernière solution pour se loger durant l’événement, les utilisateurs du site espèrent arrondir leurs fins de mois facilement. A Philadelphie, le prix moyen d’une nuit s’élève ainsi à 700 euros pour cette date.

Un phénomène à nuancer

Steve, 43 ans, vit dans le sud de la ville, à Girard Estate, dans une maison dont il est propriétaire.

Utilisateur régulier du site, il loue une chambre pour 947 euros le jour de la venue du pape (au lieu des 84 euros habituels). Comme il l’explique à Rue89, il se cale sur le caractère très particulier de l’événement :

« On attend un million et demi de personnes en ville, et les hôtels sont tous complets. Je me base tout simplement sur la loi de l’offre et de la demande. Plus il y a des gens intéressés, plus les prix seront élevés. Les hôtels le font bien, pourquoi pas nous ? »

Un pragmatisme adopté par beaucoup d’utilisateurs d’Airbnb dans la ville, comme le montre ces déclarations d’un loueur improvisé dans le Telegraph :

« Je me suis créé un compte Airbnb spécialement pour l’occasion. C’est de l’argent facile. »

Steve explique qu’il reste ouvert à la négo :

« Si les gens réservent à l’avance, et viennent discuter en message privé, je revois toujours mes prix à la baisse. Le prix affiché est juste une base pour moi. J’ai loué une de mes chambres 55 euros pour l’événement à des gens qui ont réservé longtemps à l’avance, et qui sont venus négocier.

Ma réponse aux critiques sur les prix est simple : réservez tôt, venez discuter, et il n’y aura pas de soucis pour qu’on s’arrange sur le prix ! »

Qu’on rassure le pape François, le « capitalisme débridé » peut encore faire preuve de miséricorde avec les moins dotés.

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