One Thing Leads to Another

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En an après l’annonce extraordinaire de la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis, les autorités américaines ont annoncé jeudi la reprise d’un service aérien régulier avec l’île. La semaine dernière, les deux pays convenaient de rétablir leurs liaisons postales directes, interrompues il y a plus de 50 ans. Signes, parmi d’autres, que la normalisation suit officiellement et symboliquement son cours, de fil en aiguille.

Des étapes importantes ont été franchies depuis ce 17 décembre 2014, dont les moindres n’ont pas été le rétablissement en juillet de relations diplomatiques formelles, avec réouvertures des ambassades, et le retrait de Cuba de la liste américaine des « États qui soutiennent le terrorisme ». Mais beaucoup reste à faire, sans compter que le réchauffement pourrait subitement tiédir si, par malheur, le Parti républicain parvenait à s’emparer de la présidence en novembre 2016.

Si, donc, le nombre d’Américains autorisés à se rendre dans l’île a crû de 50 % depuis un an, il reste qu’il est toujours interdit d’y mettre les pieds « pour des activités touristiques » en vertu de l’embargo en vigueur depuis 1962. Un embargo qui constitue le principal obstacle à une véritable pacification commerciale et dont le président Barack Obama a d’ailleurs réclamé à nouveau l’abrogation, jeudi, auprès d’un Congrès qui a la prérogative de laisser traîner les choses.

D’autres questions divisent les deux gouvernements. En particulier : la base militaire de Guantánamo que les États-Unis occupent depuis 1903, mais qu’ils refusent de rendre à La Havane ; et l’inextricable problème des compensations réclamées par les Américains pour pertes immobilières, et par les Cubains, pour préjudices causés par l’embargo — problème où se jouent des réclamations à hauteur de centaines de milliards de dollars américains.

Dans l’immédiat, la détente a eu l’effet pervers d’aiguiser sensiblement l’enjeu migratoire. Des centaines de milliers de Cubains ont fui l’île depuis un an pour tenter de rejoindre les États-Unis (un nombre en hausse de 78 %, selon le Centre de recherche Pew), de peur que soit révoquée la Loi d’ajustement cubaine, la législation américaine qui, depuis 1966, accorde d’office le statut de résident à tout Cubain qui arrive aux États-Unis.

C’est dire que la normalisation n’a pas pour l’heure ouvert la porte à une plus grande qualité de vie pour le commun des Cubains, non plus qu’à l’élargissement de ses libertés. Les « arrestations arbitraires » s’y pratiquent encore allègrement, faisait remarquer mardi le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme. D’où le risque patent que le régime castriste puisse encore longtemps se perpétuer à la chinoise avant que n’interviennent de véritables changements politiques.

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