Regression

<--

Régression

Et si, un matin de novembre, on se réveillait avec un Donald Trump à la Maison Blanche et un Vladimir Poutine au Kremlin ? Insensée il y a quelques mois encore, cette idée commence à faire son chemin, terrifiante d’images et de menaces. Avouons-le : jusqu’à une date récente, cette campagne électorale américaine était plutôt amusante. On nous avait prédit un duel Bush-Clinton, aussi excitant qu’une resucée Sarkozy-Hollande, et voilà que l’Amérique, déjouant tous les pronostics, s’enflamme pour deux hommes que tout oppose : d’un côté, un milliardaire populiste, raciste, machiste, complotiste et pro-armes à feu ; de l’autre, un papy assumé s’autoproclamant «socialiste», ce qui était considéré jusqu’à présent comme un gros mot au pays du capitalisme triomphant. Si, côté démocrate, Bernie Sanders (le papy socialiste) n’est pas encore sûr de sortir gagnant de son bras de fer avec Hillary Clinton, côté républicain, force est de constater que Donald Trump fait la course en tête, écrasant par ses outrances tous ses concurrents. On a beau entendre que Marco Rubio gagne du terrain, on n’en voit pas bien la trace dans les résultats. La situation a été jugée suffisamment dangereuse pour que le pape François lui-même, peu sujet aux attaques ad hominem, s’en prenne vigoureusement à Trump, le qualifiant la semaine dernière de «pas chrétien». Le problème, au fond, ce n’est pas Trump, c’est ce que son succès dit de la régression sociale et politique du monde actuel. La bonne nouvelle, quand même, c’est qu’une partie des Etats-Unis, et notamment les jeunes, plébiscite un homme comme Sanders. Preuve qu’il reste un espoir. Et même deux, le second étant que, face à un Trump, le / la candidat(e) démocrate parvienne à rallier ces républicains modérés incapables de voter pour un docteur Folamour.

About this publication