Orlando. Gun Sales in the United States: Why Obama Has Failed

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Le massacre qui a eu lieu dimanche à Orlando est la quinzième tuerie de masse depuis l’arrivée au pouvoir d’Obama. Qu’a fait le président américain contre le lobby des armes à feu en huit ans ? Pas grand-chose…

Comme pour toutes les fusillades mortelles qui ont rythmé son mandat, le 12 juin, Barack Obama a dû une nouvelle fois s’exprimer après le massacre d’Orlando. Un discours devenu une triste “routine”, pour reprendre l’expression que le président démocrate avait utilisée en octobre 2015. Car même la tuerie du club gay Pulse, la plus meurtrière des Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001, ne permettra à Barack Obama de faire passer des réformes d’ampleur dans le domaine des ventes d’armes.

Au fil de son mandat, il n’a eu de cesse de se heurter à l’omniprésence de la toute-puissante NRA (National Rifle Association), le lobby des armes américain, mais aussi à la frilosité de nombreux élus, républicains comme démocrates. Résultat, il n’a jamais réussi à réellement faire bouger les choses sur cette question, qui restera sans doute l’un de ses grands échecs.

Un intérêt tardif pour la question des armes

Mais Obama a-t-il tout mis en œuvre pour réglementer la vente d’armes à feu ? Le sujet n’a pas toujours été sa priorité. En 2008, au début de son premier mandat, d’autres sujets monopolisent son attention, du règlement de la crise économique à la réforme du système médical. Le sujet des armes à feu est relativement absent de la scène politique. Ce n’est pourtant que pendant les deux premières années de sa présidence qu’il a disposé de deux chambres à majorité démocrate, condition sine qua none pour passer des réformes ambitieuses.

Le grand tournant a lieu le 14 décembre 2012. Ce jour-là, 20 enfants et six adultes perdent la vie sous les balles d’un forcené à l’école élémentaire de Sandy Hook, dans la ville de Newtown, Connecticut. C’est un président ému aux larmes qui se présente devant les caméras. Ce massacre de Sandy Hook, que Barack Obama appellera plus tard “le pire jour” de sa présidence, fait figure de pivot dans sa lutte pour une meilleure règlementation :

“Nous devons ressentir l’urgence absolue maintenant, car les gens meurent. Et les excuses constantes pour l’inaction ne marchent plus. Ne suffisent plus.”

Tentative avortée

Actuellement, chaque Etat américain a sa propre législation sur les permis de port d’arme et la vente d’arme à feu, de la plus souple (en Floride ou en Géorgie) à la plus stricte (comme dans l’état de New York ou l’Illinois). Chaque Etat décide souverainement de reconnaître ou non les permis délivrés par d’autres Etats. En Floride, dans l’état où s’est déroulée la tuerie d’Orlando, il suffit d’avoir 21 ans, de se soumettre à un bref examen du casier judiciaire, puis d’attendre trois jours entre l’achat et la remise de l’arme. L’arme n’a même pas à être enregistrée, et sa perte ou son vol n’ont pas à être déclarés. En Géorgie, être majeur et une rapide enquête sur le passé de l’acheteur est suffisant pour ressortir armé d’une armurerie.

A partir de 2012, Barack Obama a voulu faire passer une loi fédérale pour harmoniser les règles : généraliser les contrôles d’antécédents judiciaires et les examens psychologiques, permettre aux agences gouvernementales de savoir si une personne surveillée achète une arme (comme ce fut peut-être le cas pour le tireur d’Orlando), ou encore limiter la vente de fusils d’assauts – autant d’éléments aujourd’hui absents de la législation américaine.

Mais en 2013, Barack Obama ne réussit pas à obtenir au Sénat les 60 voix nécessaires pour amorcer ses réformes. Véritable camouflet, sa première proposition, qui porte sur l’obligation de vérifier les antécédents des acheteurs même durant des foires de ventes d’armes, est retoquée par 41 républicains et 4 démocrates. C’est pourtant l’une des mesures les moins ambitieuses. Ce jour est “honteux pour Washington”, a-t-il déclaré, reprochant aux élus d’avoir été incapables de s’élever au-dessus de leurs intérêts particuliers et des manœuvres politiciennes, trop effrayés que le lobby des armes ou que “la minorité bruyante des détenteurs d’armes ne s’en prennent à eux”.

Une particularité américaine

Pourquoi un blocage aussi massif, un tel refus d’ouvrir la moindre négociation sur le sujet de la part des élus républicains, voire de certains démocrates? La première raison revient aux sources de la Constitution américaine, ce texte intouchable, presque sacré, dont les premiers amendements (incluant le fameux second amendement portant sur le port d’armes), rédigés en 1787, sont considérés par beaucoup comme indissociables de l’identité américaine. Le second amendement stipule :

“le droit de chacun de posséder et de porter une arme ne doit pas être enfreint, pour ce qu’une milice bien organisée est nécessaire à la sécurité d’un Etat libre”

Mais il est sujet à interprétations.

Ainsi, certains, comme Jeb Bush, y voient une défense pure et simple de leur droit à détenir des armes, sans limitation, là où d’autres dénoncent une surinterprétation d’un texte qui ne cherchait qu’à garantir la sécurité de ses citoyens dans un contexte de guerre d’indépendance.

La sécurité, justement, est l’un des arguments clés des pro-armes à feu. Ils sont nombreux à expliquer qu’il suffirait que les “good guys” victimes des tueries de masse soient eux-mêmes armés pour que la situation se résolve d’elle-même (ainsi Donald Trump avait-il déclaré au lendemain des attaques de Paris que tout aurait été évité si les vigiles du Bataclan avaient été munis d’armes à feu). Par ailleurs, ces représentants politiques sont souvent les premiers, avec la NRA, à agiter la menace d’une confiscation pure et simple des armes à feu dès qu’une réforme, aussi peu ambitieuse soit-elle, est évoquée. Une manœuvre électorale efficace. La puissance financière et politique de la NRA ne saurait être sous-estimée dans les coulisses des négociations.

Quel bilan?

Le discours de 2013, très offensif, marque la fin de la période la plus active de l’administration Obama sur la question des armes. Deux ans plus tard, une “routine” terrible s’est donc installée. Routine de ces événements tragiques, routine des deuils toujours plus nombreux, routine encore des discours plus absurdes les uns que les autres devant l’immobilisme du Congrès.

Mais en janvier 2016, Obama décide de passer en force. Il déclare vouloir désormais utiliser les décrets présidentiels pour avancer sur la question. Le président promulgue 23 décrets, dont le principal mérite est de remplir un vide juridique qui permettait jusque-là à des vendeurs d’armes occasionnels (comme dans les foires) de se passer de licence fédérale, et donc de ne pas avoir à effectuer de contrôle sur l’identité de leurs clients. Désormais, ces vendeurs occasionnels, tout comme les vendeurs sur internet, devront passer par l’administration pour obtenir une licence de vente d’armes, et seront tenus de valider leurs acheteurs avec la base de données du FBI.

Si cela représente un certain progrès, l’entourage du président doit bien reconnaître qu’aucune réforme d’envergure, comme l’interdiction – ou la simple limitation – de la vente de fusils d’assaut, ne saurait voir le jour sans passer par le Congrès.

Le bilan est donc maigre pour le 44ème président des Etats-Unis. Reste désormais à savoir si Hillary Clinton, si elle devait être élue lors de l’élection présidentielle de novembre, saura réussir là où son prédécesseur a échoué. A écouter ses discours sur le sujet, bien plus offensifs que pouvaient l’être ceux d’un Obama en campagne en 2008, nul doute que les débats reprendraient de plus belle.

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