Israeli Settlements: Trump Turns a Corner, Netanyahu Cheers

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Colonies israéliennes : Trump franchit un cap, Nétanyahou jubile

Le discours lundi soir du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo est une nouvelle étape dans l’approche pro-israélienne des Etats-Unis. Et un nouveau succès diplomatique pour le Premier ministre israélien, dans la tourmente politique.

Une nouvelle pelletée de terre sur la «solution à deux Etats», doublée d’un ultime coup de pouce à Benyamin Nétanyahou : lundi soir, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a déclaré que les Etats-Unis ne considéraient plus les colonies israéliennes comme illégales au regard du droit international. Bien que s’inscrivant dans la ligne ultra-partisane adoptée par Donald Trump au sujet du conflit israélo-palestinien (déménagement de son ambassade à Jérusalem, reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, expulsion des diplomates palestiniens de Washington, etc.), cette annonce rompt avec quatre décennies de diplomatie américaine et de consensus international.

Marathon

Une fois de plus, le timing de cette décision apparaît suspicieusement lié aux intérêts politiques du Premier ministre israélien. L’annonce, célébrée mardi par un Nétanyahou «très ému» – et en visite dans le bloc de colonies du Goush Etzion – comme un «grand jour pour Israël et un succès pour les générations à venir», intervient alors que son rival, l’ex-général centriste Benny Gantz, arrive au bout de son marathon de tractations. Ce dernier a jusqu’à mercredi minuit pour présenter au président israélien un accord de gouvernement à même de renverser Nétanyahou, après deux élections non conclusives.

«Alors que les Etats-Unis reconnaissent la légalité des implantations [terme utilisé par Israël pour désigner les colonies, ndlr] en Judée et Samarie [nom donné par l’administration israélienne à la Cisjordanie], Benny Gantz veut former un gouvernement avec les soutiens des terroristes qui ne reconnaissent pas nos droits sur cette terre», s’est empressé de souligner Nétanyahou dans une allocution vidéo, poursuivant sa campagne de diffamation envers les partis arabes en négociations avec Gantz.

Son rival n’a pourtant pas condamné la sortie de Pompeo, confirmant son positionnement droitier sur la question de l’occupation israélienne. L’ex-général a ainsi «applaudi» la déclaration américaine, considérant que «le sort des implantations et des habitants de la Judée et Samarie doit être décidé par des accords satisfaisants aux besoins sécuritaires et à la promotion de la paix.» Plus de 420 000 colons vivent aujourd’hui en Cisjordanie.

Mike Pompeo a justifié sa décision par l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix, estimant que les résolutions basées «sur qui a raison et qui a tort» aux yeux du droit international n’ont pas permis «d’avancer». Et le secrétaire d’Etat d’ajouter : «La dure vérité est qu’il n’y aura jamais une solution judiciaire à ce conflit. […] Il s’agit d’un problème politique complexe qui ne pourra être résolu que par les négociations entre Israéliens et Palestiniens.»

«Loi de la jungle»

Concrètement, cette annonce ne change rien au statut des colonies en Israël, qui ne s’est jamais plié au droit international sur cette question, quel que soit le gouvernement en place depuis les années 70. Mais si Pompeo assure que cette nouvelle approche ne préjuge pas du «statut final de la Cisjordanie», elle a tout du blanc-seing délivré aux ambitions annexionnistes de la droite israélienne, déjà validées en juin par l’ambassadeur américain à Jérusalem, David M. Friedman, qui estimait que l’Etat hébreu serait «dans son droit» s’il décidait d’annexer tout ou partie de la Cisjordanie. Durant les deux dernières campagnes électorales menées par Nétanyahou, le Premier ministre sur la sellette a promis à plusieurs reprises d’appliquer graduellement la souveraineté israélienne dans les colonies israéliennes, ce qui reviendrait à annexer de jure 60% des territoires palestiniens, rendant impossible la création d’un Etat.

Côté palestinien, la récurrence des coups de boutoir de l’administration Trump n’a pas émoussé la vigueur des réactions. «Il est difficile d’être horrifié et choqué quand on fait face à un schéma répétitif, mais ça ne rend pas [cette décision] moins horrible», a déclaré Hanan Ashrawi, l’une des plus hautes dirigeantes de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). «Les Etats-Unis n’ont ni le droit ni la capacité de réécrire les lois internationales […] selon leurs tendances idéologiques perverses», a-t-elle ajouté dans un communiqué, rappelant que les colonies israéliennes peuvent constituer un «crime de guerre» selon le statut de Rome. Saeb Erekat, négociateur en chef palestinien, a quant à lui accusé Trump de chercher à remplacer le droit international par «la loi de la jungle».

Evangélistes

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a condamné ce changement de doctrine américain, articulant à nouveau la position de l’ONU et de l’Europe sur la colonisation, «illégale selon le droit international et [qui] érode la viabilité d’une solution à deux-Etats et d’une paix durable».

Plusieurs analystes ont fait le rapprochement entre la validation par la justice européenne de l’étiquetage spécifique des produits des colonies israéliennes la semaine dernière et cette nouvelle sortie de l’administration Trump. Le journaliste israélien Barak Ravid a ainsi révélé que les vignerons des colonies qui avaient attaqué l’Europe sur la question de l’étiquetage avaient dans le même temps reçu le conseil de plusieurs avocats américains pour faire pression sur l’administration Trump en cas d’issue défavorable à leur initiative judiciaire. L’étiquetage spécifique est notamment combattu avec ardeur par les évangélistes américains, importants soutiens de Donald Trump et fervents mécènes de la colonisation israélienne.

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