GAFA: Old Enough To Be Responsible

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Les start-up du digital sont devenues des quasi-monopoles incontournables de notre quotidien numérique. Revers de la médaille de leur succès, les Gafa doivent accepter plus de concurrence, de transparence et d’ouverture.

Il ne suffit pas d’être riche, puissant et incroyablement populaire pour être serein. En ce début d’année, Google, Apple, Facebook et Amazon, les Gafa qui sont devenus les chefs d’orchestres de nos vies digitales en sont bien conscients : leurs caisses débordent de dollars et leurs marchés restent incroyablement porteurs mais ils auront en 2020 beaucoup moins le vent dans le dos et beaucoup plus de vent de face.

Multiplications des enquêtes et des procès, évolution en cours ou envisagée de la régulation , montée en puissance de concurrents chinois ou contre-attaques d’acteurs historiques, débats autour d’un nouveau cadre fiscal international, polémiques en interne comme à l’extérieur… la liste des dossiers chauds qui va occuper l’esprit des dirigeants des Gafa et des autres poids lourds du numérique comme Airbnb ou Uber est longue.

Les Gafa vivent il est vrai une forme de paradoxe. Comme le démontre leur succès, leur popularité est incontestable. Rares sont ceux qui même par conviction veulent ou peuvent se passer d’un iPhone, du moteur de recherche de Google, d’une des applications contrôlées par Mark Zuckerberg (Facebook, WhatsApp, Instagram) ou des services d’Amazon . Mais ce n’est pas parce que les consommateurs votent pour eux que les citoyens, les politiques et les régulateurs peuvent accepter qu’aucun contre-pouvoir ne puisse interpeller de tels géants.

Un peu plus de vingt ans après l’explosion de la première bulle internet, les Gafa sont victime de leur succès. Leur réussite est telle que sonne désormais pour eux l’âge de la responsabilité et de la transparence. Tant qu’il ne s’agissait que de start-up défrichant un nouveau marché, les pionniers du digital pouvaient naviguer en dessous du radar de la régulation. Aujourd’hui, leur poids est tel, leur rôle est devenu à ce point systémique, qu’il convient de mieux les encadrer. Il faudra les faire rentrer de force ou pas conviction dans l’âge de raison.

Dans les télécoms, les communications entre deux opérateurs sont obligatoirement « interopérables » (un client Orange peut appeler un client SFR) et la loi a fini par prévoir une portabilité du numéro qui permet à un client de passer d’un opérateur à un autre. Dans la banque, les assurances, l’énergie, les géants dont on ne peut se passer ont eux aussi appris à évoluer dans des marchés plus ouverts et plus concurrentiels. Cela leur a peut-être un peu compliqué la vie mais la concurrence qui les a stimulés a aussi permis à de nombreux marchés de croître. Les géants du digital sont aujourd’hui à cette intersection. S’ils s’ouvrent et acceptent d’évoluer, ils échapperont aux menaces de démantèlement. S’ils s’arc-boutent et font de leurs clients des prisonniers dont ils peuvent monopoliser et manipuler les datas, ils seront punis.

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