The Distress of Europeans Stuck on Either Side of the Atlantic

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États-Unis : le désarroi des Européens bloqués de part et d’autre de l’Atlantique

Alors que les pays de l’UE s’apprêtent à accueillir les touristes américains vaccinés, les États-Unis continuent d’imposer des restrictions strictes d’accès à leur territoire au nom de la lutte contre le Covid-19. Des dizaines de milliers d’expatriés se retrouvent ainsi séparés de leur famille ou de leur environnement professionnel depuis plus d’un an, tandis que les files d’attente s’allongent pour obtenir un visa.

Ils pourront bientôt bronzer sur la Costa Del Sol, flâner dans les rues de Rome ou encore visiter le Musée du Louvre. Les touristes américains vaccinés pourront à nouveau prendre du bon temps en Europe après 15 mois d’interdiction de séjour dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Les Européens, eux, ne goûteront pas ce luxe outre-Atlantique. Pire, des dizaines de milliers de familles, de couples, d’amis restent séparés par 8 000 km et un océan.

En cause, le “Travel Ban”. Brièvement révoqué par Donald Trump, Joe Biden, qui a fait de la lutte contre la pandémie sa grande priorité, a rétabli fin janvier l’interdiction d’entrée aux États-Unis pour tous les voyageurs “physiquement présents au cours des 14 derniers jours” dans l’espace Schengen, au Royaume-Uni et en Irlande.

Sur les réseaux sociaux, la grogne et l’amertume des Européens montent à travers les hashtags #LiftTheTravelBan ou encore #LoveIsNotTourism, tandis que plusieurs pétitions appellent à la réouverture des frontières américaines.

Aujourd’hui, seuls les détenteurs de la fameuse “Green Card”, les journalistes, les diplomates, les étudiants ou encore les binationaux ont un droit d’entrée. En revanche, les voyageurs d’affaires, les investisseurs ou encore les salariés en poste aux États-Unis se retrouvent bloqués.

“Nos enfants pleurent tous les soirs”

Même les détenteurs de visas longue durée liés à une activité professionnelle ne sont pas épargnés. Ces détenteurs de visas dits non-immigrants doivent demander une national interest exception (NIE) pour pouvoir retourner aux États-Unis.

Or, ces visas dérogatoires sont délivrés au compte-goutte et “les conditions d’attribution restent opaques”, assure à France 24 Isabelle Marcus, qui dirige un cabinet de conseil en matière d’immigration et de gestion financière aux États-Unis. “Il y a la théorie mais en pratique, leur délivrance reste très aléatoire”.

Résultat : la plupart des expatriés détenteurs de visas de longue durée préfèrent renoncer à venir en France sous peine de ne plus pouvoir revenir aux États-Unis. “Ce serait prendre un risque trop grand. Du jour au lendemain, on pourrait se retrouver sans job, sans maison, sans école si on restait coincés en France”, explique Caroline Ruszkowski, une Française installée à Los Angeles avec son mari depuis cinq ans. “Nos enfants pleurent tous les soirs en se demandant s’ils vont pouvoir revoir leurs grands-parents et leurs amis d’enfance. C’est dur”.

“Je paye mes impôts aux États-Unis, j’ai mon travail aux États-Unis, toute la famille est vaccinée, c’est extrêmement frustrant”, déplore Vincent Taglioni, qui n’est plus rentré en France depuis deux ans. “On ne voit plus le lien avec la crise sanitaire. On se sent discriminés”.

Un an d’attente pour un visa

Face à ces restrictions de circulation, les Européens expatriés sont souvent contraints de passer par un pays tiers pour revenir aux États-Unis, la plupart du temps le Mexique, pays où la circulation du virus est pourtant active.

Julien Girard, astrophysicien à Baltimore, qui a prévu de revenir en France cet été, envisage avec appréhension cette solution. “En passant deux ou trois semaines au Mexique, on prend des risques, on dépense des sous, on stresse et on perd du temps. Je sais que des gens souffrent beaucoup plus et que cela peut apparaître comme ‘un problème de riches’ mais c’est une situation absurde”.

Quant aux Européens qui souhaitent faire un premier visa ou renouveler un titre de séjour, les délais sont devenus impossibles. Selon le site du département d’État, il faut plus de 400 jours pour obtenir un rendez-vous pour un visa non-immigrant à l’ambassade américaine à Paris, tandis qu’à Londres seules les urgences sont actuellement traitées par les services diplomatiques.

“C’est une situation assez surréaliste”, confirme Damien Régnard, sénateur des Français de l’étranger. “Le réseau diplomatique américain est en très forte tension à cause du télétravail et du manque d’effectif”.

Vers un déblocage de la situation au G7 ?

Alors que les Américains vaccinés se préparent à revenir sans encombre sur le Vieux continent, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une réciprocité des deux côtés de l’Atlantique.

“Les Européens doivent encourager les États-Unis à énoncer les critères sanitaires qui déterminent la levée ou le maintien des restrictions, afin de visualiser un horizon de réouverture”, plaide la docteure en science politique Célia Belin dans une tribune parue dans le journal Le Monde.

Mais pour le moment, aucune levée du “Travel Ban” n’est à l’ordre du jour. “Le CDC (Center fo Disease Control), comme d’autres agences fédérales, tient beaucoup à son autonomie et son indépendance vis à vis du pouvoir politique et maintient une position assez ferme mais pas toujours très cartésienne”, analyse Damien Régnard. “En réalité, il n’y a qu’une seule personne aujourd’hui qui peut faire sauter ce verrou. C’est le président Biden. C’est l’intérêt des États-Unis car nous sommes vaccinés, testés et la vie économique doit repartir”.

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La venue du président américain en Europe pour le G7 puis pour un sommet avec l’Union européenne le 15 juin laisse espérer une évolution des restrictions de circulation même si officiellement cette question ne sera pas à l’ordre du jour.

“Nos autorités avec leurs partenaires européens travaillent d’arrache-pied pour obtenir un assouplissement mais il n’y a aujourd’hui aucune procédure en cours”, précise Hervé Linder, avocat spécialiste des questions d’immigration à New York, qui se montre peu optimiste sur un déblocage rapide de la situation.

“Le problème réside notamment dans le fait que l’Europe distingue les voyageurs vaccinés et non vaccinés. Ce n’est pas le cas aux États-Unis, où les critères discriminatoires y sont extrêmement surveillés”.

C’est donc le statu quo qui pourrait l’emporter avec comme victimes collatérales des milliers de familles européennes plongées depuis plus d’un an dans l’angoisse et l’incertitude.

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