United States: Republican Offensive against Critical Race Theory in Schools

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États-Unis : offensive des Républicains contre la “théorie critique de la race” à l’école

Par Claire Levenson

Publié le 13/06/2021 à 12:00

Aux États-Unis, une dizaine d’États républicains ont introduit des lois qui interdisent la promotion à l’école de toute idéologie divisant le monde entre « oppresseurs » et « victimes » selon leur couleur de peau. Une façon pour la droite américaine de s’en prendre indirectement au président démocrate Joe Biden, très populaire grâce à ses mesures économiques.

Dans un récent discours lors d’une convention républicaine en Caroline du Nord, l’ancien président Donald Trump a été très applaudi quand il a déclaré qu’il fallait « immédiatement interdire la “théorie critique de la race” dans nos écoles ». Dans ce même État américain, l’assemblée locale contrôlée par les Républicains a récemment adopté une loi, pas encore validée par le Sénat, qui stipule, entre autres, que les écoles ne pourront pas promouvoir l’idée selon laquelle « un individu, seulement en vertu de sa race et de son sexe, est intrinsèquement raciste, sexiste ou oppresseur, que ce soit consciemment ou inconsciemment ».

Dans un autre État, l’Ohio, une loi a par ailleurs été introduite pour interdire aux professeurs d’enseigner qu’un individu « est responsable des actions commises dans le passé par des membres de la même race ou du même sexe ». Ces formules visent l’idéologie promue par des auteurs comme Robin DiAngelo, qui explique dans son best-seller Fragilité blanche que tous les Blancs américains sont de fait « racistes » car ils évoluent dans une société où les Blancs dominent.

Ces idées inspirées par cette forme d’antiracisme sont utilisées lors de formations pour enseignants et parfois en cours, avec certains professeurs qui demandent à leurs élèves d’analyser des aspects de leurs identités – blanc ou noir, garçon ou fille – et à analyser le potentiel d’oppression ou de victimisation qui y sont attachés. Dans le Nevada, un lycéen fait d’ailleurs un procès à son école, qu’il accuse d’avoir créé un environnement d’apprentissage « hostile » en le forçant à déconstruire ainsi son identité.

BIDEN DANS LE VISEUR

Des propositions de loi similaires ont été rédigées dans une dizaine d’États à majorité républicaine, dont le Tennessee, l’Oklahoma, l’Idaho et le Texas, et certaines ont déjà été adoptées. Il existe néanmoins un décalage : dans les États républicains où les élus défendent ces lois, l’influence de l’idéologie identitaire est limitée. De plus, certains avocats pensent que ces lois sont anticonstitutionnelles car contraires au Premier amendement de la Constitution américaine qui garantit la liberté d’expression.

Mais politiquement, les Républicains ont intérêt à traiter de ces questions. Depuis l’élection comme président de Joe Biden, dont les mesures de relance économique sont très populaires, la droite attaque le président principalement sur le terrain de la « guerre culturelle » et le combat contre la « théorie critique de la race » est devenu une de ses grandes causes.

Le débat est compliqué par le fait que le terme « théorie critique de la race » est utilisé de façon inexacte par les Républicains. En effet, « la critical race theory » est un courant de recherche qui analyse la façon dont le racisme structurel perdure dans la société et les lois. Mais les élus républicains et activistes critiques du mouvement « woke » ont élargi le terme pour y englober tous les excès de l’antiracisme identitaire.

LES PARENTS TIRAILLÉS

Le genre d’approche visée par ces lois existe surtout dans des États démocrates. À San Francisco, par exemple, le proviseur d’un collège expliquait récemment dans un article comment, à travers des formations pour enseignants, son établissement a commencé à « démanteler la culture de suprématie blanche ». Il inclut un extrait d’ouvrage qui explique que l’objectivité, le perfectionnisme et la priorité donnée à l’écrit font partie d’une « culture de la suprématie blanche ». L’idée sous-jacente est que les enfants non-blancs devraient bénéficier d’une pédagogie « culturellement adaptée ».

Des formations pour les enseignants des écoles publiques de New York incluent les mêmes idées et des références aux mêmes ouvrages. Plus que dans le public, cette idéologie est très présente dans les écoles privées d’élite. En avril dernier, un professeur de mathématiques a ainsi été suspendu de son poste dans une école réputée de New York car il avait émis des doutes lors d’une discussion Zoom au cours de laquelle « l’objectivité » et « l’individualisme » étaient décrits comme des caractéristiques de la suprématie blanche.

Dans ce débat tendu, la droite exagère souvent le problème pour diaboliser tous les démocrates alors qu’une partie de la gauche refuse de critiquer les aspects inquiétants de cette idéologie identitaire. Entre les deux, de nombreux parents et enseignants comprennent l’utilité de parler de l’histoire du racisme et de son impact sur le présent. Mais ils rejettent les idéologues qui veulent purger les écoles de « la culture de suprématie blanche ».

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