COVID-19: Puerto Rico – Its Sun, Its Beaches … and Its Vaccines

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Covid-19 : Porto Rico, son soleil, ses plages, ses vaccins

Associé aux Etats-Unis, le territoire a un taux de couverture vaccinale supérieur à ceux des autres Etats. Grâce à une gestion de la pandémie autonome de Washington et à la maturité d’une population habituée aux catastrophes et aux situations d’urgence.

L’île des Caraïbes de Porto Rico, au statut d’Etat libre associé aux Etats-Unis, affiche un taux de vaccination supérieur à ceux des autres Etats de l’Union. Et une proportion de morts beaucoup plus faible. Pourtant, le petit territoire de 3,2 millions d’habitants avait tous les indicateurs contre lui : les séquelles du dévastateur ouragan Maria en septembre 2017 (3 000 morts), la démission en 2019 d’un gouverneur englué dans les scandales, une grave crise liée au colossal endettement, la chute du tourisme, un tremblement de terre en janvier 2020 (8 000 maisons détruites)…

Le taux de vaccination de la population globale atteint 78%, c’est mieux que les Etats de la Nouvelle-Angleterre (Massachusetts, Maine, Connecticut) qui sont en tête sur le continent : entre 72,5 et 73,5%. Pourtant, le nord-ouest des Etats Unis, avec un niveau de ressources et d’éducation élevé, n’a rien à voir sociologiquement avec Porto Rico : le taux de pauvreté y atteint 43%, plus du double du Mississippi, l’Etat le plus pauvre des Etats-Unis.

Propre politique de santé

La première raison invoquée à ce résultat est l’efficacité du dispositif médical mis en place. Pendant que Donald Trump gérait la situation de façon chaotique, à coups de tweets à l’emporte-pièce, le gouverneur de Porto Rico, Pedro Pierluisi, de facto en poste depuis août 2019, nommait une commission scientifique indépendante, dont la direction était confiée à un chercheur prestigieux, Daniel Colón-Ramos, professeur à l’Université de Yale.

L’île (ou l’archipel, si on compte quelques îlots) a en effet sa propre politique de santé, indépendante de celle de Washington. L’ancienne colonie espagnole, cédée aux Etats-Unis par le traité de Paris le 10 décembre 1898, jouit d’un statut particulier : ni indépendante ni intégrée à l’Union. La population élit son gouverneur, qui dirige un exécutif aux larges compétences : seuls lui échappent la politique étrangère et la défense. Les Portoricains en revanche n’élisent pas le président des Etats-Unis, mais curieusement, peuvent participer aux élections primaires. Le pays ne siège pas aux Nations Unies ni au Congrès américain (son unique représentant a un rôle d’observateur) mais envoie sa délégation aux Jeux olympiques (médaille d’or pour Jasmine Camacho-Quinn aux 100 m haies à Tokyo cette année) et sa représentante au concours de Miss Univers (cinq couronnes entre 1970 et 2006).

Peu touchée par l’idéologie antivax

C’est paradoxalement l’habitude des coups durs qui a préparé les Portoricains à l’arrivée de la pandémie. Le dense réseau d’ONG a permis de vacciner en priorité les personnes vulnérables (troisième âge, SDF, prisonniers) et de lancer des campagnes de vaccination dans les quartiers défavorisés et les zones rurales, milieux souvent peu perméables aux discours officiels. Une grande partie des piqûres ont été administrées par la garde nationale, qui fait office d’armée.

Le peu d’influence de Donald Trump a également détourné les citoyens de ses discours négationnistes. L’ancien hôte de la Maison Blanche est en effet unanimement détesté, d’abord pour sa latinophobie, puis pour ses commentaires hautains en 2017, après l’ouragan Maria, accusant les responsables insulaires d’incompétence. Le comble a été atteint quand Trump s’est déplacé sur l’île. En visite dans un centre d’accueil d’urgence, il avait lancé aux sinistrés des rouleaux de papier toilette, rigolard, en imitant le geste des lancers francs au basket.

Contrairement à de nombreux pays, les décisions de confinement et de vaccination n’ont pas fait l’objet de controverses politiques. Ni d’opposition des milieux religieux, malgré la forte implantation des églises évangéliques. La population est par ailleurs par tradition favorable aux vaccins et peu touchée par l’idéologie antivax, répandue sur le continent bien avant la pandémie.

A Porto Rico, le taux de mortalité dû au Covid est de 1,03 pour 100 000 habitants ; aux Etats Unis il s’élève à 2,63. D’un côté, 3 300 décès ; de l’autre, probablement 800 000 morts avant la fin de l’année. L’exemple de la petite île caraïbe donne une idée des milliers de vies qui auraient pu être sauvées si une politique raisonnée avait été mise en place, au lieu de la gestion désastreuse de l’administration Trump.

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