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Freedom of Expression, The United States’ Last Source of Greatness

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La liberté d’expression, dernier ressort de la grandeur des Etats-Unis

Il y a beaucoup à critiquer quant à la politique américaine, estime le professeur honoraire Andre Liebiech. Sauf une chose admirable: le premier amendement de la Constitution dédié à la liberté de parole. En Europe, la censure gagne du terrain

Il y a beaucoup de choses à critiquer et à rejeter aux Etats-Unis: l’inégalité croissante, la stagnation des bas salaires, l’envol vertigineux des revenus supérieurs, l’absence de filet social pour les pauvres, les faibles et les malades, l’impérialisme qui mène des guerres sans pitié contre des pays moins fortunés. Mais, s’il y a une chose admirable aux Etats-Unis, c’est le premier des dix amendements ajoutés en tant que Déclaration des droits à la Constitution américaine en 1791. Selon cet article, toute limitation de la liberté de parole ou de la presse ou du droit à l’assemblée paisible est interdite.

L’interprétation de ce droit par la Cour suprême américaine a varié. En 1969 la Cour a déterminé que l’acte de brûler des cartes de service militaire (draft cards) pour protester contre la guerre au Vietnam ne méritait pas la protection de la liberté de parole. Vingt ans plus tard, la Cour a statué que brûler un drapeau américain est une forme légitime de protestation. Dernièrement, un décret controversé de la Cour suprême a annulé les limites sur les contributions financières aux campagnes électorales, haussant ainsi le rôle de l’argent dans le processus démocratique. La plus grande organisation des libertés civiles américaine, l’ACLU, a même défendu le droit des nazis américains de manifester dans un quartier juif, non pas par sympathie pour les nazis, mais au nom du premier amendement.

Liberté de parole et respect des minorités

Cet attachement aux libertés s’explique par la vénération que les Américains témoignent envers leur Constitution, une attitude qui se manifeste dans leur penchant pour le port d’armes, source de nombreuses tragédies, garantie dans le deuxième amendement à la constitution. Toutefois, la liberté de parole est critiquée au nom de la dignité humaine et du respect dû aux minorités vulnérables. Un environnement qui tolère un discours de la haine envers ces minorités est discriminant envers ceux qui sont le moins en mesure de se défendre, argue-t-on. Il met en péril la sécurité de ceux qui sont ainsi visés; tout au moins il rend impossible une politique de l’inclusion. Face aux menaces posées par les racistes, les xénophobes et les autres ennemis d’une société juste, une politique de laisser-faire quant à la possibilité de donner libre cours aux discours de haine n’est pas admissible.

Plusieurs pays autrefois sous domination soviétique règlent leur compte avec le passé en interdisant toute propagande communiste

Les pays européens ont répondu à ce défi de manière différente des Etats-Unis. Sous le poids d’un passé sombre, de nombreux pays ont criminalisé le discours négationniste ou révisionniste envers la Shoah et, avec le temps, ils ont étendu cette interdiction à la minimisation ou la négation d’autres crimes historiques. L’article 261 du code criminel suisse reprend cette prohibition. Le cauchemar d’une répétition des horreurs que l’Europe a connues dans un passé encore récent reste frais et il revit à chaque poussée des mouvements populistes qui traitent ce passé sombre de manière cavalière.

En même temps, on constate un élargissement de la sphère de l’interdit. Parfois il s’agit effectivement de protéger les minorités, telles les musulmans, qui sont l’objet de mépris et même d’attaques. Mais on ne peut nier que cet élargissement est utilisé par l’Etat pour promouvoir ses politiques. Ainsi, la France a mis en marche une criminalisation du mouvement BDS (Boycott, Divestment, Sanctions) qui cherche à appliquer à Israël les moyens de pression utilisés autrefois avec succès contre l’Afrique du Sud. La France agit ainsi au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

Interdire toute forme de censure

Les Etats moins sensibles à la tradition des libertés individuelles sont allés plus loin. L’Ukraine a interdit une mise en question de la thèse selon laquelle le Holodomor, la grande famine du début des années trente, était un génocide des Ukrainiens voulu par Staline. Plusieurs pays autrefois sous domination soviétique règlent leurs comptes avec le passé en interdisant toute propagande communiste. En Occident, au fur et à mesure que les gouvernements se trouvent menacés par le terrorisme, mais aussi par la contestation populaire, ils ont recours à la répression de la dissidence au nom de la «sécurité». Un des principaux moyens juridiques qu’ils utilisent ce sont des lois sur le discours de haine introduites pour lutter contre un tout autre ennemi.

Certains commentateurs rejettent comme naïve la conviction du grand libéral anglais du XIXe siècle, John Stuart Mill, selon lequel l’expression sans entraves de toutes les idées ambiantes allait nous amener vers la vérité et la raison. D’autres estiment risibles les propos attribués, à tort paraît-il, à Voltaire: je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je défendrai à la mort votre droit de le dire. Des pays, tels que la Pologne, ont compris le rôle décisif de la branche judiciaire en s’attaquant à la composition des tribunaux plutôt qu’aux libertés elles-mêmes. Néanmoins, l’interdiction de toute forme de censure reste le premier combat à mener.







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