From Boston to the South China Sea, "fear" of terrorism, war and pollution seems to have become globalized. Yet it is within globalization that we can channel these fears.
In May 1981, John Paul II survived an assassination attempt. Thirty years later, in May 2011, Osama bin Laden was eliminated by U.S. special forces.
However, in the spring of 2013, one might think that the charismatic pope who forcefully said “have no fear” has lost, while the fundamentalist leader who wanted the “world of infidels” to live in fear has prevailed.
Indeed, fear is everywhere today. The bombs that exploded at the Boston Marathon have only reinforced a sense of insecurity and loss of control which affects almost all areas of life. Admittedly, April 15, 2013 is not on the same level as Sept. 11, 2001, but its symbolic value goes beyond the number of victims. This is an attack against a high-profile international competition that reflects the value of effort in a democratic society, on the same day that the U.S. celebrates the beginning of its uprising against the British motherland (known as Patriot Day). Further, this attack is an act committed by terrorists who lived for many years on American soil and, for the younger of the suspects at least, seemed to have fully integrated into the American melting pot.
But the fear of terrorism in all its forms is only one component of the accumulated fears that, both in their diversity and their simultaneity, help to create an increasingly tense environment for the whole world. There is fear of the extension of civil wars in the Arab world following the revolutions already in progress. There is also a widespread fear of war — in the most classic sense — between China and Japan in the South China Sea. There is fear of social unrest in Europe in the face of the rise of economic crisis and unemployment. We should not forget the fear of global warming, pesticides and the death of bees, pandemics … the list is endless.
"The triumph of fear" is actually a direct result of the process of globalization itself. The world is not necessarily becoming "flat," as The New York Times’ Thomas Friedman wrote a few years back, but it certainly gives the impression of becoming always "smaller." Not only have all of its territories been explored, but the transparency and interdependence of the world also make “the other” seem more menacing than ever. In this dual reality we should probably mention the urbanization process. By 2050, over 60 percent of humanity will live in cities, and more and more in megacities, which will be sprawling and agonizing realities, a source of energy and vibrations that can turn anything of any size and diversity into a threat. Where does cultural enrichment end and the fear of the extreme heterogeneity begin? "Hell is other people," wrote Jean-Paul Sartre. In the world of globalization, others are not only infinitely more numerous, but they are also, in some way or another, everywhere. They are at the hearts of our cities, our universities: a source of hope when we feel good about ourselves and a great factor of anxiety when we feel dominated by fear.
In this context, can we say that "we will the others that we deserve," as the more generous and lucid of the French could discern after World War II, that “we have the Germany that we deserve”?
Fear is a dangerous poison that drives us to look with suspicion upon those who are not like us. In doing so, this creates a dangerous boomerang effect, and so we strengthen the feeling of humiliation and the identity crisis of all those who believe that globalization is not made for them and that, whatever happens, they will not be able to integrate culturally or socially in societies that are still open, such as ours are. Faced with the fear of failing in their integration, they put themselves in a suicidal attitude. "Since I could never fully exist in your company by my success, then I will justify with my actions the suspicious gaze that you place upon me."
There is no system of security that can fully prevent the rage of terrorists, the violence of deranged minds, the erratic nature of the markets, the crisis of identity and the sense of humiliation of all those that we believe we treat with equality. But if the growth of the culture of fear is at least partly a product of globalization, wanting to end this is neither a possible nor desirable solution.
It is inside of globalization itself that we must sublimate our fears, transcend them or at least channel them so as not to become prisoners. How can we find the right balance between the need for societies to remain as they are, or at least as they should be — open and tolerant, respectful of differences — and the absolute necessity of security against the proliferation of threats, real or imagined, which assail us and now seem to surround us?
Our answer will depend on the nature, whether balanced or frightening, of globalization.
Dominique Moisi, a professor at King's College, is a special adviser to the French Institute of International Relations.
Les attentats de Boston et la mondialisation de la peur
Par Dominique Moïsi | 29/04 | 07:00 | 2commentaires
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De Boston à la mer de Chine, la « peur » du terrorisme, de la guerre, de la pollution donne l'impression de s'être mondialisée. C'est pourtant à l'intérieur de la mondialisation que l'on pourra canaliser ces craintes.
En mai 1981, Jean-Paul II survivait à une tentative d'assassinat. Trente ans plus tard, en mai 2011, Oussama ben Laden était éliminé par les forces spéciales américaines.
Pourtant, en ce printemps 2013, on pourrait croire que le pape charismatique qui nous disait avec force « N'ayez pas peur » a perdu, alors que le leader fondamentaliste qui voulait que le « monde des infidèles » vive dans la peur l'a emporté.
En effet, la peur est partout aujourd'hui. Les bombes artisanales qui ont explosé lors du marathon de Boston n'ont fait que renforcer un sentiment d'insécurité et de perte de contrôle, qui touche presque tous les domaines de l'existence. Certes, le 15 avril 2013 n'est pas à l'échelle du 11 septembre 2001, mais sa valeur symbolique va au-delà du nombre des victimes. Il s'agit d'une attaque contre une compétition internationale très médiatisée qui reflète les valeurs d'effort d'une société démocratique, le jour même où l'Amérique célèbre le début de son soulèvement contre la mère patrie britannique (Patriot Day). Cette attaque est de surcroît un acte commis par des terroristes qui ont vécu de longues années sur le sol américain et qui, pour le plus jeune d'entre eux au moins, semblaient s'être parfaitement intégrés dans le creuset américain.
Mais la peur du terrorisme sous toutes ses formes n'est qu'une des composantes d'une accumulation de peurs, qui, tant par leurs diversités que leurs simultanéités, contribuent à créer un environnement de plus en plus anxiogène pour l'ensemble du monde. Il y a la peur de l'extension des guerres civiles dans le monde arabe au lendemain des révolutions en cours. Il existe également la peur plus diffuse de la guerre - au sens le plus classique du terme - entre la Chine et le Japon, en mer de Chine. Il y a la peur des explosions sociales en Europe devant la montée de la crise et du chômage. Et comment ne pas citer la peur du réchauffement climatique, des pesticides et de la mort des abeilles, celle des pandémies… La liste est sans fin.
« Le triomphe de la peur » est en réalité le résultat direct du processus de mondialisation lui-même. Le monde n'est pas nécessairement devenu « plat », comme l'écrivait il y a quelques années Thomas Friedman du « New York Times », mais il donne certainement l'impression d'être toujours « plus petit ». Non seulement tous ses territoires ont été explorés, mais la transparence et l'interdépendance du monde font paraître « l'autre » plus menaçant que jamais. A cette double réalité il convient sans doute d'ajouter le processus d'urbanisation. En 2050, plus de 60 % de l'humanité vivra dans des villes, et ce, de plus en plus dans des mégalopoles, réalités tentaculaires et angoissantes, source d'énergie et de vibrations qui peuvent se transformer en autant de menaces par leur taille et leur diversité. Ou se termine l'enrichissement culturel et ou commence la peur de l'hétérogénéité extrême ? « L'enfer c'est les autres », écrivait Jean-Paul Sartre. Dans l'univers de la mondialisation, les autres ne sont pas seulement infiniment plus nombreux, ils sont en quelque sorte « partout », au coeur de nos villes, de nos universités, source d'espoir, quand nous nous sentons bien avec nous-mêmes, facteur anxiogène quand nous sommes dominés par la peur.
Dans ce contexte peut-on dire que « nous aurons les autres de nos mérites », comme des Français généreux et lucides pouvaient dire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que « nous aurions l'Allemagne de nos mérites » ?
La peur est un poison dangereux qui nous pousse à regarder avec soupçon tous ceux qui ne sont pas comme nous. Ce faisant, comme par un effet de boomerang, nous renforçons le sentiment d'humiliation et la crise identitaire de tous ceux qui pensent que la mondialisation n'est pas faite pour eux et que, quoi qu'il arrive, ils ne pourront s'intégrer culturellement ou socialement, dans les sociétés, encore ouvertes, que sont les nôtres. Face à la peur de l'échec de leur intégration, ils se placent d'eux-mêmes dans une attitude suicidaire. « Puisque je ne pourrais jamais pleinement exister dans votre société par mon succès, je vais justifier par mes actes le regard soupçonneux que vous portez sur moi. »
Il n'existe aucun système de protection qui puisse protéger pleinement de la rage des terroristes, de la violence des esprits dérangés, du caractère erratique des marchés, de la crise identitaire et du sentiment d'humiliation de tous ceux que vous croyez traiter avec équité. Mais si l'accroissement de la culture de peur est pour partie au moins le produit de la mondialisation, vouloir mettre fin à celle-ci n'est une solution, ni possible ni souhaitable.
C'est à l'intérieur de la mondialisation elle-même que nous devons sublimer nos peurs, les transcender ou au moins les canaliser, afin de ne pas en devenir les prisonniers. Comment trouver le juste équilibre entre l'impératif pour nos sociétés de demeurer ce qu'elles sont ou, à tout le moins, ce qu'elles devraient être, des sociétés ouvertes et tolérantes, respectueuses des différences, et l'absolue nécessité de les protéger face à la multiplication des menaces, imaginées ou réelles qui nous assaillent et semblent désormais nous encercler ?
De notre réponse dépendra la nature, équilibrée ou effrayante, de la mondialisation.
Dominique Moïsi
Dominique Moïsi, professeur au King's College, est conseiller spécial à l'Ifri
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If the President of the United States behaves primarily as the chief negotiator for corporate America, then alliances themselves become contingent commodities.
The price of flippancy in the White House and the criminal intransigence of the Tehran regime is being paid by the Iranians who, after nearly half a century of cruel dictatorship, deserve to be free.
If the President of the United States behaves primarily as the chief negotiator for corporate America, then alliances themselves become contingent commodities.
European autonomy - military, technological, economic, and financial - is beginning to take shape as Europe hedges against current and future fluctuations in [U.S.] policy.