#chroniquefd: Alone Together

Published in Le Devoir
(France) on 24 April 2012
by Fabien Deglise (link to originallink to original)
Translated from by Charlotte Schwennsen. Edited by .

Edited by Gillian Palmer

The cliché made by the young New York photographer Dina Litovsky, who likes to document the present moment with her camera, is simple, but says a lot: On the screen, the pixels are arranged to show a boy surrounded by two girls — a dinner party. The trio smiles, eyes glued to the screen of a digital communication machine. On the sidelines, although close, a blond woman stares into space with a white bag on her thighs. She is not trendy. She is alone. And above all, she seems profoundly bored.

Exhibited in Boston last fall and on the web since then, the image has cried out for attention. How? By successfully capturing, with a click of the shutter button, the spirit of a present where ultra-connectivity and the digitalization of social networks — at home, as in the trendy clubs of urban America — must be combined, paradoxically, with times of solitude. It appears that way, at least.

The latest issue of the very nourishing American magazine The Atlantic, moreover, poses the question: Does Facebook make us more solitary? The paper takes account of the digital socialization in its entirety, by means of Facebook, Twitter and others. It brings out its scientific studies and underlines, in passing, the density of our modern networks that - strangely enough today - while claiming the opposite, nonetheless seem to separate humans, not bring them together. And for what, as some would say.

Recurring Theme

The theme of solitude in a time of digital over-socialization re-occurs through the times in which we live, stimulated by the appearance of data on our behavior that is sometimes troubling, and their consequence in worlds that are not.

In the Facebook network, the nearly billion users today boast of having at least 190 virtual friends per user: that is, enough to fill more than three school buses.

That is a lot. It is also far from the social reality carried out by a series of recent studies. In bulk: Here, one teaches us that the number of close friends — those who you can tell anything — for the average American went from 2.94 in 1985 to 2.04 in 2004. There, a quarter of the population claim to not have anyone to talk to, and a third of people say they feel alone, even if they are surrounded.

Those who place the increasing loneliness of the 2.0 times on the back of digitalization and of our relationship to the other that, more and more, makes us ignore space and time, borrow on an easy path. It is a shortcut that tends to make us mention, in passing, that urbanization, urban sprawl, aging and individualism also contributed.

Too bad a number of other studies tended to demonstrate the inverse. They underlined, for example, that solitude is more easily broken among those adept at social networks, who are entered in groups in an era where communication between humans has developed in an exponential manner in the last five years. Especially among young people, but also among old people.

The numbers speak: Every 60 seconds, 700,000 messages are sent by Facebook, and 175,000 pass through Twitter. On average, an American adolescent is able to produce close to 100 text messages a day. And a sizeable portion of this youth admit to doing this just to combat boredom.

The urgency of communicating, socializing and, as a result, existing in digital universes is frenetic. It has also found its quantification in the last days. Twenty-seven: that is the number of times in an hour of entertainment that an Internet user in her 20s can go from one screen to another. IPhone, laptop, TV, return to iPhone, tablet, return to the TV, alouette….

It is also for this that, 2,000 times each minute, someone on the global mobility registers her geographic position and transmits it to her friends through Foursquare. Elsewhere on the web, others go through Klout to be assured, by the magic of this algorithm that claims — by blustering a little — to quantify their online popularity, that they exist good and well.

This need of thousands of Internet users to appear in order to be is the supply choir: by sharing a word on the Twitter network to comment in real time on a TV program to keep up to date on the latest Justin Bieber gossip, without knowing him, or again to organize the movement of crowds in a city during a strike. All united, a big blow to binary code…

The era is of connections, fake or real, that live as a way to stem solitude for some or still as a source of anxiety for others that this frenzy of ego is may be, a little, starting to make us sick.

A few weeks ago, Pew Research Center shed light on a study underlining that the digitalization of social relationships among young people was beginning, among some, to give birth to an ineptness with physical socialization outside of new electronic means of living together.

Elsewhere, the trouble is known in Japan, the funny digital world before the rest of the planet, under the name of Taijin kyofusho, the fear of personal relationships. And, beginning to be installed in the West, it is confirmed that in the digital worlds, the human is without a doubt not in the process of becoming alone. Maybe he is just a little lost and finds himself again in a group.


#chroniquefd - Seuls ensemble

Fabien Deglise 24 avril 2012 Actualités en société

Le cliché pris par la jeune photographe new-yorkaise Dina Litovsky, qui aime documenter le présent avec son appareil photo, est simple, mais il en dit beaucoup : à l'écran, les pixels s'organisent pour faire apparaître dans une soirée mondaine un gars entouré de deux filles. Le trio rigole, les yeux rivés sur l'écran d'un outil de communication numérique. À l'écart, tout en étant proche, une blonde a les yeux dans le vide et un sac blanc sur les cuisses. Elle n'est pas branchée. Elle est seule. Et surtout, elle semble profondément s'ennuyer.

Exposée à Boston l'automne dernier, et sur la Toile depuis, l'image a tout pour se faire remarquer. Comment ? En réussissant à capturer en un coup d'obturateur l'esprit d'un présent où l'ultraconnectivité et la numérisation des rapports sociaux — dans son salon, comme dans les clubs branchés de l'Amérique urbaine — se conjuguent, paradoxalement, au temps de la... solitude. En apparence du moins.

Dans son dernier numéro, le très nourrissant magazine américain The Atlantic pose d'ailleurs la question : Facebook nous rend-il plus solitaires ? Le papier s'intéresse à la socialisation numérique dans son ensemble, par l'entremise de Facebook, Twitter et les autres. Il sort aussi ses études scientifiques et souligne au passage la densité de nos réseautages modernes qui, étrangement aujourd'hui, tout en prétendant le contraire, semblent éloigner davantage les humains qu'ils ne les rapprochent. Tout ça pour ça, comme dirait l'autre.

Sujet récurrent

Solitude au temps de la sursocialisation en format numérique : le sujet est récurrent par les temps qui courent, stimulé par l'apparition de données parfois troublantes sur nos comportements numériques et leur conséquence dans les mondes qui ne le sont pas.

Dans le réseau Facebook, le presque milliard d'abonnés se vante aujourd'hui d'avoir en moyenne 190 amis virtuels par usager ; 190, soit assez pour remplir plus de trois autobus scolaires.

Tout ça est beaucoup. C'est aussi bien loin de la réalité sociale dressée par une série d'études récentes. En vrac : ici, une nous apprend que le nombre d'amis proches — ceux à qui l'on peut tout dire — chez un Américain de base est passé de 2,94 en 1985 à 2,04 en 2004. Là, un quart de la population affirme n'avoir personne à qui parler et un tiers des gens disent se sentir seuls, même s'ils sont entourés.

Ceux — et même celles — qui mettent la solitude croissante au temps du 2.0 sur le dos du numérique, et de notre rapport à l'autre qui fait de plus en plus fi de l'espace et du temps, empruntent bien sûr un chemin facile, un raccourci qui tend à faire oublier au passage que l'urbanisation, l'étalement urbain, le vieillissement, l'individualisme y sont aussi pour beaucoup.

Pis, une quantité d'autres études tendent à démontrer l'inverse en soulignant par exemple que la solitude est plus facilement brisée chez les adeptes des réseaux sociaux entrés en groupe dans une ère où la communication entre les humains s'est développée dans les cinq dernières années de manière exponentielle. Surtout les jeunes, mais aussi chez les vieux.

Les chiffres parlent : toutes les 60 secondes, 700 000 messages sont envoyés par l'entremise de Facebook et 175 000 passent par Twitter. En moyenne, une adolescente américaine est capable de produire près de 100 messages textes par jour. Et une bonne frange de cette jeunesse avoue faire tout ça pour combattre l'ennui.

L'urgence de communiquer, de socialiser et, du coup, d'exister dans les univers numériques est frénétique. Elle a aussi trouvé dans les derniers jours sa quantification : 27, soit le nombre de fois en une heure de divertissement où un internaute dans la vingtaine peut passer d'un écran à un autre. iPhone, ordinateur portable, télé, retour à l'iPhone, tablette, retour à la télé, alouette...

C'est aussi pour cela que, 2000 fois chaque minute, quelqu'un sur la planète mobilité enregistre sa position géographique et la transmet à ses amis en passant par Foursquare. Ailleurs sur le Web, d'autres passent par Klout pour s'assurer, par la magie de cet algorithme qui prétend — en fanfaronnant un peu — quantifier la popularité en ligne, qu'ils existent bel et bien.

Ce besoin de paraître pour être, des milliers d'internautes l'alimentent en choeur et en partageant un mot-clic sur le réseau Twitter pour commenter en temps réel une émission de télévision, pour se tenir au courant des derniers potins sur Justin Bieber, sans se connaître, ou encore pour organiser des mouvements de foules dans une ville en temps de grève. Tous unis, à grand coup de code binaire.

L'époque est aux liens, factices ou sincères, qui se vivent comme une façon d'enrayer la solitude pour les uns ou encore comme une source d'angoisse pour d'autres que cette frénésie du tout à l'ego est peut-être, un peu, en train de rendre malade.

Il y a quelques semaines, le Pew Research Center mettait d'ailleurs en lumière une étude qui soulignait que la numérisation des rapports sociaux chez les jeunes était en train, chez quelques-uns, de faire naître une inaptitude à socialiser physiquement hors des nouveaux cadres électroniques du vivre ensemble.

Le trouble est d'ailleurs connu au Japon, drôle de monde numériquement en avance sur le reste de la planète, sous le nom de Taijin kyofusho, la peur des relations interpersonnelles. Et en commençant à s'installer en occident, il confirme que, dans les mondes numériques, l'humain n'est sans doute pas en train de devenir solitaire. Il est peut-être seulement un peu perdu, et se retrouve à l'être en groupe.
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