American politics has entered a phase of paranoia. Beyond the spectacle that has presented each presidential election, American political theater is now accompanied by a polarization of the political debate, which has considerably intensified over the last dozen years, up to today's partisan media driven hysteria.
The signs of a hardening political behavior are multiplying. First, the number independent voters, who represented 19 percent of the votes in 1992 with candidate Ross Perot, continues to shrink. Furthermore, the number of indecisive voters has never been so low (now less than 10 percent of the electoral body) and these 'swing voters' nowadays no longer flip between two candidates but between abstaining and voting. For each party, the key to winning has become the mobilization of true party followers. What Americans call 'the party allegiance' – loyalty to one of the two biggest parties – is now the determining factor.
How does one explain the growing antagonism between Republicans and Democrats? The last two presidents were true foils for the opposing party. George W. Bush, lost in the transgressions of war against the “Axis of Evil,” stirred up a strong mobilization of Democratic Party members at the end of his second term. His approval rating was already less than 30 percent. As for Barack Obama, despite a popularity level around 50 percent he is nevertheless rejected by Republican supporters, many of whom have never accepted that he made it to the White House.
This political antagonism that has built up between the Democrats and Republicans is a true reflection of the sociological gap which now exists between the two parties. On one side, there is white America, fifty years old and middle class. They are much poorer than 30 years ago and believe that their loss of social status benefits minorities. This working middle class, which mostly lives in Middle America, idealizes a long-gone past and has difficulty dealing with symbolic changes, like the possibility of choosing between English and Spanish on a telephone menus. On the other side is a younger, more urban America residing on both coasts, which is better adapted to globalization. California, which managed to sidestep the economic crisis [Editor’s note: California was actually hit hard by the economic crisis] and embrace the Green Revolution, is a good example.
At the heart of the issue, the American media contributes to the hysteria. If the pro-Republican Fox News is mocked in France as an example of partisan media, MSNBC is also caricature-like in its role as the Democratic Party's mouthpiece. These two stations have denied reporting news with a subjective slant but participate in creating lies, demonizing important figures and creating suspicion of the opposing party's intentions. These stations’ objective is to publicize events that, in principle, confirm their convictions. To supplement this machine, the stations are built on news fed from organizations of a new breed. Media Research Center (Republican-backed) and Media Matters for America (Democratic-backed) are financed by wealthy party donors, each employing a hundred of full-time workers. Their sole goal is to report the blunders, slips and potentially embarrassing gaffes of the opposing party. Thus, the relayed words trigger a controversy, regarding a topic which often does not exist, and pervade the media. They have gone from fact checking to gaffe seeking, from reestablishing the truth to creating lies which aim to destroy. These satellite stations are transformed into a machine that creates and spreads suspicion and hate.
This practice of mutual denigration between the two parties has always existed but is now systematically organized and consumes the political debate. As such, the campaign had difficulty finding a moral center. Mitt Romney didn't detail his plan to lower taxes, Barack Obama made commitments he will not fulfill and nobody tackled the main question: can America continue to consume more than it produces and live beyond its means?
La politique américaine est entrée dans une phase de paranoïa. Au-delà du spectacle renouvelé que nous offre chaque scrutin présidentiel, le théâtre électoral américain s'accompagne désormais d'une polarisation du débat politique qui s'est considérablement intensifiée depuis une dizaine d'années, jusqu'à l'hystérie orchestrée aujourd'hui par les médias partisans.
Les signes d'un raidissement des comportements politiques se multiplient. Tout d'abord, l'électorat indépendant, qui a rassemblé 19 % des voix avec la candidature de Ross Perrot en 1992, ne cesse de rétrécir. Ensuite, les électeurs indécis n'ont jamais été aussi peu nombreux (moins de 10 % du corps électoral) et ces « swing voters » n'hésitent désormais plus entre deux candidats mais entre l'abstention et le vote. Pour chaque parti, la mobilisation de ses propres sympathisants est devenue la clef du scrutin. Ce que les Américains appellent « the party allegiance », c'est-à-dire la fidélité envers l'un des deux grands partis et son système de valeurs, est aujourd'hui le déterminant le plus puissant du vote.
Comment expliquer cet antagonisme croissant entre républicains et démocrates ? Les deux derniers présidents ont été de véritables repoussoirs pour le camp adverse. George W. Bush, perdu dans les errements du combat contre « l'axe du mal », a suscité une forte mobilisation de la base démocrate à la fin de son second mandat. Le niveau de satisfaction à son endroit était alors inférieur à 30 %. Quant à Barack Obama, en dépit d'une cote de popularité autour de 50 %, il fait néanmoins l'objet d'un puissant rejet de la part des sympathisants républicains qui, pour une partie d'entre eux, n'ont jamais accepté qu'il accède à la Maison-Blanche.
Cette opposition politique accrue entre les camps républicain et démocrate est le reflet fidèle du fossé sociologique qui existe désormais entre deux Amériques. D'un côté, une Amérique blanche de plus de cinquante ans, middle class, qui s'est beaucoup appauvrie au cours des trente dernières années et qui estime que son déclassement se fait au bénéfice des minorités. Cette classe moyenne et ouvrière qui vit souvent au centre du pays idéalise un passé révolu et vit difficilement des changements symboliques, comme la possibilité offerte par les opérateurs téléphoniques de choisir entre l'anglais et l'espagnol. De l'autre côté, une Amérique plus jeune, plus urbaine, résidant dans les zones côtières, qui a mieux bénéficié de la mondialisation. On peut donner comme exemple la Californie, qui a su enjamber la crise économique pour embrasser la révolution verte.
Au coeur de cette dialectique, les médias américains contribuent à hystériser le débat. Si, en France, la chaîne prorépublicaine Fox News est raillée comme l'exemple même du média partisan, la chaîne MSNBC est au moins aussi caricaturale dans son rôle de porte-parole du Parti démocrate. Ces deux médias ont renoncé à apporter de l'information ayant les apparences de l'objectivité mais participent à la fabrication des mensonges, à la diabolisation des personnalités et à la suspicion envers les intentions de leurs opposants politiques. Pour ces deux chaînes, l'objectif est de médiatiser des événements venant conforter des convictions forgées a priori. Pour alimenter cette machine, ces chaînes se nourrissent d'informations produites par des organisations d'un nouveau genre. Le Media Research Center pour les républicains et Media Matters for America pour les démocrates sont des organisations financées par les grands donateurs des partis, employant chacune une centaine de personnes à temps plein. Leur unique but : relever les maladresses, les bourdes et les déclarations potentiellement embarrassantes pour le camp adverse. La parole incriminée et relayée déclenche ainsi une polémique sur un sujet qui le plus souvent ne l'est pas et envahit les médias. On est passé du « fact checking » au « gaffe seeking ». Du rétablissement de la vérité à la fabrique de la faute qui tue. Ces nouveaux satellites médiatiques se transforment en machine à créer et diffuser une idéologie de la suspicion et de la haine.
Ces pratiques de dénigrement mutuel des deux camps ont toujours existé mais elles sont désormais systématiquement organisées et phagocytent l'essentiel du débat politique. Ainsi, la campagne peine à trouver un centre de gravité. Mitt Romney ne détaille pas son programme de baisse d'impôts, Barack Obama prend avant tout des engagements sur ce qu'il ne fera pas et personne n'a abordé la question centrale : l'Amérique peut-elle continuer à consommer beaucoup plus que ce qu'elle ne produit, c'est-à-dire à vivre au-dessus de ses moyens ?
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